Brussels Cycling Classic : Evenepoel trouve le bon chemin, Gilbert s’en approche

Le traditionnel sprint de l’avenue Houba de Strooper a été évité pour la première fois de l’histoire de la Brussels Cycling Classic. Un homme en solitaire a brûlé la politesse au peloton. Certes, un coup du destin (ou de l’inattention de ses adversaires) a permis à Remco Evenepoel (Deceuninck-Quick Step) de réduire le groupe d’attaquants parti à Grammont. Il fallait toutefois de la puissance pour conclure cet exercice offensif par une deuxième victoire en trois jours. Un effort encore plus convaincant qu’à Overijse jeudi.

Sous les nuages menaçants du Parc du Cinquantenaire, les mines étaient concentrées à l’aube du départ de cette 101e Brussels Cycling Classic (ou plutôt la 8e sous cette appellation post-Paris-Bruxelles). Les sourires revenaient quelque peu à quelques minutes du coup de feu du départ, mais sur le podium de présentation, pas question de rigoler outre mesure. La journée s’annonçait longue et intense sur ce nouveau tracé traversant deux fois le terrible Mur de Grammont. Cela s’est confirmé dès l’arrivée dans la cité du maton, alors que la pluie douchait par intermittences le peloton. « Le parcours n’est pas facile, ce sera l’édition la plus dure de l’histoire de la Brussels Cycling Classic. Cela va être la guerre, à fond pendant une heure autour de Grammont. Si beaucoup d’équipes se retrouvent en tête, le peloton ne va pas rouler », prophétisait Remco Evenepoel (Deceuninck-Quick Step) au départ de l’épreuve. Ses prédictions se confirmaient dès l’accélération puissante de Victor Campenaerts (Team Qhubeka-Next Hash) sur le premier passage du « Muur ». Evenepoel suivait directement, avant les retours de Philippe Gilbert, Tosh Van der Sande (Lotto-Soudal), Marc Hirschi, Brandon McNulty (UAE Team Emirates) et Aimé De Gendt (Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux). Les sept hommes prenaient rapidement une minute d’avance sur un peloton démuni face à de tels rouleurs, en prime d’équipes importantes qui auraient pu mener le travail de poursuite vers Bruxelles.

« Les attaques de Campenaerts, c’était un peu stupide »

« L’entente était bonne, mais pas exceptionnelle non plus, surtout après le deuxième passage et les attaques incessantes de Victor (Campenaerts) », raconte Evenepoel. Le leader du « Wolfpack » n’hésitait pas à afficher sa frustration à plusieurs reprises, réclamant l’appui de ses compagnons pour les 45 derniers kilomètres face au vent jusqu’à Bruxelles. « Je savais qu’il fallait rester uni sur cette route, avec le vent de face. Quand je voyais Campenaerts qui attaquait sans cesse, je me disais que c’était un peu stupide. À deux ou trois, c’était sûr qu’on allait se faire reprendre. Il fallait rester groupé le plus longtemps possible, surtout qu’il y avait encore des difficultés pour faire la différence à la fin. Il ne fallait pas paniquer jusque là », confirme Philippe Gilbert (Lotto-Soudal), en verve sur ces routes, et décidé à mener un tempo élevé avec Evenepoel et son équipier Van der Sande dans ce final pour rouleurs.

Les flèches de la discorde

Le peloton pointé à plus d’une minute et demie à 40 bornes du but, la bonne collaboration dans le groupe de tête après les offensives manquées de Campenaerts : tout indiquait une bataille entre ces sept hommes à l’avant pour la victoire finale dans la capitale. Sauf qu’à moins de vingt kilomètres de l’arrivée, juste avant le dernier secteur pavé de la Rosweg, la course a tourné à la tragédie. Pendant qu’Aimé De Gendt et Remco Evenepoel tournait à gauche, comme l’indique le parcours officiel, leurs cinq compagnons d’échappée suivaient la moto-caméra vers la droite. Une erreur de parcours notamment due à la présence de deux autres flèches jaunes indiquant le parcours du Gordel, randonnée cycliste se disputant le lendemain.

« J’avais vu sur mon ordinateur qu’il fallait tourner à gauche, c’est pour cela que j’ai pris la bonne direction », rapporte Aimé De Gendt. « J’étais vraiment surpris. Oui, je connais les routes. Mais tout le monde connaît le parcours aussi, on en discute avant la course, il y a les briefings, les cartes sur les ordinateurs de vélo… J’ai même pensé qu’on avait peut-être changé de parcours au dernier moment, mais non, j’étais sûr qu’on était sur la bonne chaussée », s’étonne Remco Evenepoel. À chaud après sa quatrième place, Philippe Gilbert pensait pour sa part qu’il s’agissait d’un acte malveillant : « C’est quelqu’un qui a dû changer la direction de la flèche… Moi, je suis derrière Campenaerts, il tourne à droite, donc je tourne avec lui. Finalement, c’était à gauche. Même le signaleur n’était pas très réveillé… On a perdu beaucoup de temps à cause de ça ».

« Dommage pour la course »

Du coup, De Gendt et Evenepoel filaient en puissance, dans un contre-la-montre à deux, pendant qu’à l’arrière, la motivation filait aussi vite que l’écart avec la tête grandissait. « Moi, je n’aurais pas freiné mais je n’aurais pas roulé à fond non plus », répond Philippe Gilbert quand il lui est demandé si le duo devait attendre vu l’incident extra-sportif. « Leur malchance m’a profité », sourit Remco Evenepoel, mais il estime ne pas avoir fait de faute moral : « Le peloton derrière n’était qu’une minute derrière, donc si on attendait, il y avait un risque que le peloton puisse revenir, et personne n’avait alors la chance de gagner. Allez, ce n’est peut-être pas la plus belle des actions mais il faut aussi bien connaître le parcours, savoir qu’il faut tourner à gauche et non à droite… Nous ne sommes pas des débutants, à qui il faut tout expliquer. C’est surtout dommage pour la course. J’aurais évidemment préféré que cela ne se passe pas comme ça. Mais tout le monde aurait dû savoir… »

Deux victoires à domicile

Evenepoel et De Gendt filaient ensemble vers la capitale, mais le duel se concluait plus vite que prévu. Après un passage devant ses supporters et sa famille à Schepdaal, Evenepoel profitait du dernier faux-plat montant vers Dilbeek, à 11 kilomètres du but, pour s’isoler dans son style de pur rouleur. Le contre-la-montre était lancé, personne ne pouvait revenir sur l’ancien champion d’Europe du chrono. Dix minutes plus tard, Remco Evenepoel pouvait lever les bras sur l’avenue Houba de Strooper, devant sa compagne et un public entièrement acquis. En trois jours, deux efforts en solitaire ont permis au leader de Deceuninck-Quick Step de s’offrir ses deux plus belles victoires de la saison, quasiment à domicile.

« Cela fait du bien de gagner dans ma région, dans ma ville », se réjouit le vainqueur du jour, malgré dix kilomètres en solo, vent de face. Et cela lui permet surtout de porter une nouvelle fois sa candidature pour les championnats du monde. Même s’il ravise quelque peu son discours par rapport à jeudi. « J’ai regardé un peu mieux le parcours ces derniers jours », explique-t-il. « Certes, il y aura un circuit difficile à Overijse, mais le final se déroule à Louvain, et ce sera moins dur, plus plat, avec beaucoup de virages. Bref, c’est le sélectionneur (Sven Vanthourenhout) qui décide. S’il veut que je me concentre plus sur le contre-la-montre, je vais le faire et un autre coureur pourra prendre la huitième place sur la course en ligne. Wout (van Aert) est le leader absolu et peut tout faire sur ce type de parcours. Il est meilleur dans cette fonction que moi. Je ne vais pas pleurer ou être fâché si je ne suis pas dans la sélection. Sinon, je me concentrerai sur le Tour de Lombardie et la prochaine saison.  ».

Gilbert : « La forme est là »

De même, Philippe Gilbert s’est replacé dans cette course pour une sélection aux Mondiaux au vu de sa condition affichée sur cette Brussels Cycling Classic. « On a retrouvé un des vieux Phil (sic). Il était très fort dans le Mur de Grammont », sourit Remco Evenepoel. Le Remoucastrien confirme également que la forme est présente, et que cela peut mener à une présence dans la course au maillot arc-en-ciel : « Mon discours est clair. Ma motivation est là et la forme est là. J’espère continuer de faire de bons résultats, et essayer de gagner une course dans les prochains jours. (…) Maintenant, soit la sélection est déjà décidée depuis longtemps et le débat autour de tout ça, c’est du show. Soit il y a une possibilité. On verra, ça ne sert à rien de trop en parler avant ». Le Benelux Tour et la dernière semaine de la Vuelta scelleront de toute manière la sélection des championnats d’Europe, et cellespour les championnats du monde, annoncées dans la semaine du 6 septembre prochain.

Résultats de la 101e édition de la Brussels Cycling Classic (Etterbeek > Laeken, 204.8 km) :

  1. Remco Evenepoel (BEL, Deceuninck-Quick Step) en 4h28:30
  2. Aimé De Gendt (BEL, Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux) à 0:50
  3. Tosh Van der Sande (BEL, Lotto-Soudal) à 2:13
  4. Philippe Gilbert (BEL, Lotto-Soudal)
  5. Marc Hirschi (Sui, UAE Team Emirates)
  6. Brandon McNulty (USA, UAE Team Emirates)
  7. Tim Merlier (BEL, Alpecin-Fenix) à 2:16
  8. Danny van Poppel (P-B, Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux)
  9. Jérémy Lecroq (Fra, B&B Hôtels p/b KTM)
  10. Fernando Gaviria (Col, UAE Team Emirates)

Photo : Grégory Ienco

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