Course des Raisins : le double contre-la-montre gagnant d’Evenepoel, raconté par Remco

La répétition générale des championnats du monde annoncée sur le tracé arc-en-ciel d’Overijse a bien eu lieu ce jeudi sur la Course des Raisins. La semi-classique, d’habitude idéale pour les coureurs d’équipes modestes pour forger un palmarès, arborait cette année un peloton de champions pour une course animée sur le circuit « flandrien » des prochains Mondiaux. Même si l’un des favoris a dominé en long et en large, grâce à la puissance de son collectif : Remco Evenepoel (Deceuninck-Quick Step) s’offre une sixième victoire cette année, au bout d’une course surprenante… et même temporairement neutralisée.

Comment Remco Evenepoel est-il parvenu à s’offrir une précieuse victoire sur ce tracé digne des Mondiaux, au bout d’un double effort en solitaire de près de 30 kilomètres chacun ? Laissons le coureur de Schepdaal raconter cette longue échappée vers la victoire, sa première professionnelle sur ses terres brabançonnes, à moins d’une vingtaine de kilomètres de chez lui.

L’attaque avec Alaphilippe

Les coureurs de Deceuninck-Quick Step ont mené grand train dès la formation de l’échappée matinale, avant de se montrer en tête sur la première grande attaque de favoris. Tim Wellens (Lotto-Soudal) a essayé de surprendre le Wolfpack dans le deuxième passage de la Beekstraat, à 70 kilomètres du but, avant de voir Julian Alaphilippe, Remco Evenepoel et Kasper Asgreen fondre sur lui. Evenepoel a alors essayé de filer une première fois en solitaire sur le faux-plat montant vers Duisburg. Sans succès. Puis au sommet du Smeysberg, sur le faux-plat suivant, Evenepoel partait une nouvelle fois, sans adversaire dans la roue.

« Au sommet du Smeysberg, je pense que Kasper était dans ma roue, puis Julian m’a crié d’y aller. J’ai vu alors qu’il n’y avait pas de réaction. Et au sommet de la côte suivante, la Moskesstraat, j’avais un bon 40 secondes d’avance. J’entendais que tout le monde était à la limite. J’avais le sentiment qu’il était possible de réaliser un résultat en échappée sur un tel parcours. C’est évidemment plus facile à dire qu’à faire, mais cela s’est bien passé finalement ».

L’incendie

À 30 kilomètres de l’arrivée, alors que les coureurs filaient vers Overijse pour la dernière boucle vallonnée passant par le virage en S du centre-ville, la Beekstraat ou encore la Moskestraat, Remco Evenepoel a été arrêté par l’organisation, avant que le peloton soit également interrompu dans son effort. La caméra en tête de course affichait alors une fumée noire au loin : une voiture s’était renversée sur le parcours, et est en flamme. « Je pensais que ma course était finie », raconte Evenepoel.

« Je ne pensais pas être capable d’encore prendre mes distances avec le peloton. J’étais quand même seul, et le peloton pouvait alors récupérer (pendant la pause). La course avait déjà été très rapide jusque-là. J’avais déjà puisé tellement loin… Et puis finalement, on est reparti et j’avais tellement d’adrénaline dans le corps que je suis parti comme une roquette. Et dans la montée du S d’Overijse, il y avait tellement de monde qui criait et me soutenait. C’était comme un mur de bruit que je franchissais. C’était super motivant d’entendre tout cela. Cela m’a donné des ailes pour la suite, pour donner le maximum. Du coup, j’ai commencé à y croire… »

« Je me disais que si je tenais jusqu’à la Bekkestraat, le vent allait tourner dans mon sens. Dans la Bekkestraat, j’avais encore un petit 30 secondes. Je me sentais mieux au fil de l’ascension, et sur le Smeysberg, on m’a dit que j’avais près de 40-45 secondes d’avance. Je savais donc que je pouvais tout donner en toute confiance. Il y avait encore la Moskesstraat, et le motard qui est venu près de moi m’a montré que j’avais encore 40 secondes. Je me disais alors que c’était dans la poche, si je tenais encore ce rythme. Mais je ne pense pas que l’incendie était forcément un avantage pour moi. On se refroidit, on doit relancer la machine… (…) C’est top de pouvoir gagner dans ma propre région, devant mes supporters, ma famille, ma copine. Mentalement, c’est un point important pour moi ».

Sa condition actuelle

« On ne peut pas faire 60 kilomètres tout seul en tête si on n’a pas des bonnes jambes (sourire). Dès le départ, c’est parti vite, cela a été une course assez rapide et très nerveuse, sur des routes techniques. C’était malgré tout fatiguant. (…) Tout allait bien aujourd’hui, et c’est vrai que ces derniers temps, cela allait bien lors des entraînements, mais ce n’était pas toujours le cas sur les courses. Mais au Tour du Danemark et sur cette course à Overijse, tout tournait bien. Évidemment, ce n’était pas la liste des partants la plus impressionnante aujourd’hui, mais je pense me remettre dans la bagarre pour une place aux championnats du monde. Après tout ce que j’ai traversé, pour l’équipe, pour moi, c’était un moment très émouvant. Honnêtement, sans la grande équipe à mes côtés, je ne pense pas que cela aurait marché. (…) Je n’ai pas encore vu mes données pour savoir si j’ai fait encore mieux qu’au Tour du Danemark. Mais les étapes explosives du Tour du Danemark m’ont permis de retrouver des bonnes sensations. Aujourd’hui, j’ai ressenti que je peux accélérer et poursuivre plus longtemps mon effort. Cela fait très longtemps que je n’ai plus ressenti cela. Je pense que petit à petit, cela revient. C’est une de mes prestations les plus folles. Avant, il y avait l’étape du Tour de Pologne, maintenant il y a cette course. Je suis fier d’avoir pu terminer comme ça aujourd’hui ».

Les championnats du monde

« J’espère avoir fait passer un message avec cette victoire. Mais je ne vais pas dire si je mérite une sélection ou non. Il y a encore un mois d’ici les Mondiaux, et d’autres coureurs peuvent encore réaliser de belles prestations d’ici là. Je suis déjà assuré d’une sélection pour les championnats d’Europe, donc j’essayerai déjà de réaliser les meilleurs résultats possibles. Et si je peux participer ou non aux championnats du monde après… Ce serait chouette de participer à des Mondiaux dans son propre pays. Ce serait un rêve, mais que tout le monde a, j’imagine. Il ne faut pas oublier aussi que la majeure partie de la course se déroulera à Louvain, le cœur de la course ne sera pas vraiment à Overijse ».

La Brussels Cycling Classic

« On passera vraiment devant ma porte. C’est très spécial de faire deux courses proches de la maison. Je pense que samedi, ce sera plus difficile de partir. La montée du Congoberg, c’est à 40 kilomètres de l’arrivée. Il y a deux tours à Grammont, je pense qu’il y aura une sacrée course là, mais après ce sont des longues lignes droites, sans trop de montée. On verra la course : si on fait une heure très rapide autour de Grammont, on peut avoir des situations comme aujourd’hui. C’est clair que cela donne encore plus de motivation, une arrivée à six, sept kilomètres de la maison ».

Photo : Grégory Ienco

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