Les Tours de France alternatifs

Pendant que le Tour de France fait vibrer les spectateurs sur le bord des routes ou devant leur écran de télévision, d’autres enchaînent les kilomètres sur ces mêmes routes.

La grande parade du Tour de France s’est élancée de Bretagne devant un public massif, image rare d’une crise sanitaire loin du déclin définitif. Les masques sont (presque) de sortie, les drapeaux surtout… et les pancartes destinées à passer des messages pour les guerriers en route pour 3 500 kilomètres à travers la France. Ou pour des messages adressés aux proches qui ne peuvent suivre la course que par écrans interposés. L’idée est positive, elle n’en reste pas moins dangereuse quand le but est de suivre l’objectif, et non le peloton. Ce qui a causé la lourde chute de Tony Martin dans le final de l’étape inaugurale du Tour vers Landerneau. Sur des routes étroites choisies par ASO pour ajouter du spectacle à cette étape vallonnée à souhait, la tension était déjà palpable par les longs relais menés par les équipes de leaders en tête de peloton. Cette tension a été confirmée à l’approche de l’ascension finale avec cette chute collective causée par un stress grandissant et une bataille de positions inhérente à la fraîcheur de chacun. Tout le monde songe à la victoire dès le premier jour, et sur des routes dangereuses comme celles proposées sur cette première étape, la chute était inévitable. Comme sur chaque première étape du Tour. Malheureusement pour les coureurs, contraints de faire avec le terrain proposé.

Alors, face à la frénésie du Tour, certains imaginent une course différente. Certes, les émotions ne sont pas aussi intenses qu’à l’occasion d’une victoire explosive de Julian Alaphilippe ou de Mathieu Van der Poel. Mais ces courses uniques sont une respiration face au spectacle permanent d’une course qui attire toutes les attentions, médiatiques, sportives et commerciales. Dans son maillot rose de l’équipe EF Education-Nippo, l’Australien Lachlan Morton, habitué des escapades en solitaire et autres compétitions de gravel, s’essaye par exemple au parcours du Tour de France… en solitaire. Parti trois heures après le peloton depuis Brest, samedi dernier, Morton a comme objectif de couvrir plus de 5 500 kilomètres en solitaire et sans assistance. Juste son vélo, sa tente, son nécessaire du quotidien et quelques arrêts pour enchaîner 23 jours de course sur les routes françaises.

The Alt Tour

L’opération est évidemment commerciale. Pour l’équipe EF Education-Nippo qui propose un suivi en direct des avancées de son coureur sur un site spécial, nommé « The Alt Tour » (Le Tour alternatif). Pour le partenaire vestimentaire de la formation, Rapha, qui met bien en avant les pérégrinations de Morton sur les réseaux sociaux. Certains s’interrogent sur ce marketing bien rôdé et sur l’idée qu’un cycliste professionnel se laisse aller à ce type de défi en pleine saison, pendant que ses équipiers s’échinent à obtenir une victoire d’étape et/ou le maillot jaune dans le même temps. L’équipe EF Education-Nippo est toutefois une équipe qui vise plus que ces succès sportifs. La formation de Jonathan Vaughters a construit une philosophie autour de son groupe, prônant la liberté à vélo et le plaisir du voyage et de la découverte. Comme son partenaire principal, pour ce deuxième point. Les projets portés par l’équipe américaine vont au-delà des victoires sportives, même si ce sont celles-ci qui lui permettent d’engranger des points UCI et de conserver à terme sa licence parmi le WorldTour, la première division cycliste.

Carte - The Alt Tour - EF Education-Nippo

Lachlan Morton profite de cette liberté pour mettre en avant ce goût de l’aventure, pour montrer que le vélo n’est pas qu’une course d’un point A à un point B, que la discipline peut être source de plaisir. Un autre plaisir que celui perçu lors de la victoire émouvante de Mathieu Van der Poel au sommet de Mûr-de-Bretagne. Le but est d’élargir le public du cyclisme actuel, avec l’espoir d’emmener plus de personnes sur les routes, de faire bouger les lignes quant à la pratique du vélo au quotidien grâce à cette plus grande présence de cyclistes sur les chemins. « C’est un défi qui combine les deux éléments du cyclisme que je recherche le plus : l’exploration et la compétition », indique Lachlan Morton pour le magazine Rouleur. « Sans le vouloir, j’ai essentiellement préparé toute ma vie pour ce défi. Je sais que cela sera la course la plus exigeante que j’aurai affronté, mais j’ai anticipé les défis qui m’attendent en complétant ce parcours sans assistance ». Bien entendu, la compétition sera bien différente de celle qui attend les coureurs sur le Tour, et aucun autre de ses compères ne s’essaiera certainement à une telle aventure. Elle permet une parenthèse intéressante face au tumulte de la caravane du Tour.

11 femmes sur les routes du Tour

Dans le même temps, et pour la sixième année consécutive, onze cyclistes femmes sont parties un jour plus tôt que le peloton masculin pour couvrir l’ensemble des 21 étapes du Tour de France, toujours la veille de la course officielle. C’est le projet « Donnons des Elles au Vélo J-1 », qui a pris de plus en plus d’importance au fil des étés. L’objectif était dès la première édition de porter la médiatisation du cyclisme féminin et demander l’organisation d’une grande course par étapes pour les femmes en France, plus de vingt ans après la disparition du premier Tour de France féminin. Les onze cyclistes qui participent à ce projet appellent également leurs confrères et consœurs à deux-roues à les rejoindre le temps d’un jour ou plus. Avec l’objectif de créer une émulation cycliste, de mener toutes et tous vers le vélo, au-delà de la compétition sportive. Une tendance qui s’est confirmée avec la récente pandémie qui nous a tous touchés.

Après la mise en place de La Course en 2014, ASO, organisateur du Tour de France, a confirmé la relance d’un Tour de France féminin dès le 24 juillet 2022, pour une course de huit jours dont le premier tracé sera dévoilé en octobre prochain. Le projet de « Donnons des Elles au vélo » porte ses fruits, tout comme les déclarations répétées des grandes championnes que sont Marianne Vos, Anna van der Breggen ou Annemiek van Vleuten, mais aussi le lobbying propulsé par l’ex-professionnelle venue de Saint-Christophe-et-Niévès, Kathryn Bertine. Ces femmes font bouger le cyclisme au-delà des contours du peloton. Et c’est ce qui permet certainement au vélo de grandir au-delà de simples résultats sportifs. Au plus grand plaisir des amateurs de la Petite reine, que ce soit sur deux-roues ou non.

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Photo : EF Education-Nippo/Lucy Le Lievre

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