La Flèche Ardennaise annulée quatre jours avant son départ : un nouveau coup dur pour les jeunes

Douche froide pour l’organisation de la Flèche Ardennaise, habituelle classique vallonnée destinée aux coureurs de moins de 23 ans et disputée au printemps. L’organisation de cette course enregistrée au calendrier international en catégorie 1.2, se félicitait durant le mois d’avril d’être la première course belge de cette catégorie à pouvoir se disputer, au lendemain de l’assouplissement des règles sanitaires concernant les entraînements sportifs collectifs en Belgique. Mais la course a été annulée quatre jours avant son déroulement…

L’association en charge de la Flèche Ardennaise annonçait en grande pompe un tracé de 17 côtes autour de Stavelot, avec 25 équipes dont les pros d’Uno-Xet les espoirs de Jumbo-Visma, DSM, Groupama-FDJ ou encore Astana. Mais à quatre jours du départ prévu, le dimanche 9 mai, la nouvelle est tombée par la voix de Belgian Cycling, la fédération belge de cyclisme : la Flèche Ardennaise ne peut avoir lieu. « La fédération avait envoyé une réponse négative à la demande de l’organisateur puisqu’il s’agit d’une compétition 1.2 », précise Belgin Cycling. « Ce type de course, auquel les coureurs des équipes WorldTour ne peuvent pas participer, n’a pas pu être inclus dans le protocole des courses professionnelles établi sur base de l’arrêté ministériel du 28 octobre 2020 ».

Réplique du côté de l’organisation de la Flèche Ardennaise : « L’organisateur a multiplié les démarches et obtenu, outre le feu vert de la Ministre des Sports, l’aval de l’UCI, quant au protocole sanitaire Covid 19 qui a même été adapté au protocole de Belgian Cycling en début de semaine. À ce titre, un commissaire spécial COVID avait été désigné par l’organisateur, et gérait la situation au quotidien ». Avant de s’interroger sur cette annulation en dernière minute alors que Belgian Cycling a autorisé l’organisation d’une épreuve féminine de catégorie 1.2, le GP Oetingen, le 14 mars dernier « alors que la pandémie était au plus haut en Belgique ».

Surtout, l’organisation se veut avant tout virulente à l’encontre de la Fédération Cycliste Wallonie-Bruxelles (FCWB) plutôt que Belgian Cycling. « Il apparaît aux yeux de l’organisateur que la FCWB avait la volonté d’annuler la course car prise en tenaille par les autres organisateurs d’épreuves 1.2 amateurs/espoirs à qui elle avait refusé l’autorisation, mais aussi parce que l’organisateur avait entrepris des démarches argumentées auprès des décideurs politiques », affirme l’ASBL Société Flèche Ardennaise » dans un communiqué détaillé des griefs adressés à l’encontre du président de la FCWB Thierry Maréchal.

« Aucune alternative possible »

Ce différend touche évidemment les organisateurs, mais également les coureurs. « Pas vraiment facile de gérer une équipe ProTeam dans ces circonstances. Aucun remboursement, et aucune alternative possible. Un avertissement plus tôt est tout ce que nous demandons », a confié le manager de l’équipe Uno-X Jens Haugland sur Twitter. « Toute cette préparation, toute cette excitation, ce stress pour rien », se désole Johan Meens de Wallonie-Bruxelles-Development sur DirectVélo. « Une déception de lire que l’un de mes grands objectifs de la saison est annulé dans un délai très court avant l’événement prévu. Je ressens cela comme un K.-O. technique avec un coup dans les testic***, mais nous devons nous remettre en selle et nous concentrer sur Majorque », s’étonne Jan Maas, de l’équipe Leopard, sur Twitter.

Cette annulation résume bien le désarroi de tout cet univers du cyclisme qui, à l’étage inférieur des professionnels, n’a plus pu rouler depuis plus d’un an ! Si l’Union Cycliste Professionnelle se félicite d’avoir maintenu une grande partie du calendrier pro, les courses destinées aux juniors (moins de 19 ans) et aux espoirs (moins de 23 ans) se comptent sur les doigts d’une main. Que ce soit chez les hommes ou chez les femmes (même si le peloton féminin est plus hétérogène et compte beaucoup de jeunes coureuses sur des courses hors-WorldTour).

Une génération perdue

C’est toute une génération perdue qui s’annonce : s’ils ne peuvent courir en compétition et se montrer auprès des équipes pros, quel intérêt pour ces cyclistes de s’entraîner ? Pour ceux qui sont actifs dans des groupes bénéficiant d’un pont vers le WorldTour (Groupama-FDJ, Lotto-Soudal, DSM…), ils peuvent encore espérer un passage chez les pros, mais pour ceux qui sont toujours en club ou dans des structures plus amateurs, difficile d’imaginer un avenir radieux.

Et pour les organisateurs, comment assurer un budget viable et mettre en avant les sponsors si compliqués à rameuter si aucune course ne peut se disputer malgré des protocoles sanitaires bien en place ? Alors que la France et l’Italie, dans une situation sanitaire plus précaire, acceptent des organisations de courses pour amateurs, la Belgique maintient ses interdictions sans véritable argument. Et cela se confirme avec la Flèche Ardennaise, d’abord autorisée puis annulée. Au grand dam des jeunes. Au grand dam de l’avenir du cyclisme.

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Photo : ASBL Société Flèche Ardennaise

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