Championnats du monde de cyclo-cross à Dübendorf : Nys, Norbert-Riberolle et Van der Poel, en solo vers l’arc-en-ciel

L’orage qui a traversé le ciel de Dübendorf ce dimanche matin a changé la physionomie d’un circuit aisé : la boue et la pluie ont usé les organismes et rendu les dernières courses de ces championnats du monde de cyclo-cross bien plus rudes. Cela n’a pas empêché le Néerlandais Mathieu Van der Poel, chez les élites messieurs, et le Belge Thibau Nys, chez les juniors, de confirmer leur statut de patron des labourés, alors que la Française Marion Norbert-Riberolle a réalisé un solo tout aussi impressionnant pour décrocher un premier titre mondial chez les espoirs dames.

Van der Poel n’a eu besoin que d’un tour

La pluie et le vent frappant le circuit roulant de Dübendorf annonçaient une course bien différente que la veille, avec un terrain devenu lourd au fil des courses et des lignes droites bien plus difficiles à appréhender avec le souffle d’Éole plus puissant. Les Belges, décidés à faire douter l’ultra-favori néerlandais Mathieu Van der Poel, annonçaient ainsi que ce circuit et ces conditions pouvaient « favoriser le groupe », et notamment Toon Aerts ou Wout van Aert, qui avaient déjà prouvé par le passé qu’ils pouvaient faire mal à Van der Poel lorsque le cyclo-cross se veut plus rude. Une méthode Coué pour éviter de partir battus ? Car dès les premiers tours de roue, les représentants noirs-jaunes-rouges devaient encore une fois rester en retrait, laissant leur rival néerlandais prendre les commandes du sprint initial. Van der Poel ne laissait pas Toon Aerts le déborder et accélérait au fur et à mesure des buttes et autres ponts. Et dès le premier tour, le tenant du titre confirmait qu’il était déjà bien en route vers un deuxième titre consécutif. Après seulement un tour, il comptait une dizaine de secondes d’avance sur Aerts. Après le deuxième tour, il avait plus de 45 secondes d’avance sur une armada belge composée d’Aerts, Van Aert, Eli Iserbyt, Laurens Sweeck et Michael Vanthourenhout, seulement perturbée par la présence du jeune Britannique Tom Pidcock (20 ans).

Van der Poel a adopté la même stratégie que les autres champions du monde qui se sont imposés en solitaire : partir en tête, accélérer dès le premier tour et ne pas se retourner. Surtout, le Néerlandais était clairement une classe au-dessus de tous ses adversaires ce dimanche. Sur chaque tour, il a repris du temps et s’impose au bout des sept longs tours de ce circuit de Dübendorf avec plus d’une minute et demie d’avance… Derrière, la bataille pour le podium était la seule qui offrait un minimum de suspense sur ces chemins suisses. Le collectif belge semblait capable d’aller chercher deux médailles au vu du début de course. Mais au fil des tours, les coureurs du plat pays subissaient et se regardaient, sans former ce groupe homogène qui pouvait leur permettre d’accéder à l’arc-en-ciel. Le Britannique Pidcock en profitait dès le troisième tour pour lancer une vive attaque que ni Iserbyt, ni Van Aert, ni Aerts ne parvenaient à contrer. Personne ne réussissait à retrouver la roue arrière du jeune coureur de 20 ans…

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Les écarts créés à l’arrière étaient tout simplement impressionnants. Van der Poel remporte son troisième titre de champion du monde chez les élites avec près d’une minute et demie d’avance sur Pidcock et Toon Aerts, seul survivant du groupe belge sur le podium. Le dixième de cette course dingue, Eli Iserbyt, qui a tout simplement sombré en deuxième moitié de course, était pour sa part pointé à plus de cinq minutes… Pendant ce temps, Van der Poel était déjà prêt pour son interview d’après-course, confirmant son statut de coureur hors-catégorie. « Ce championnat du monde était l’un de mes grands objectifs de la saison, vu que je ne voulais pas jouer un classement cet hiver (NDLR : Coupe du monde, Superprestige ou Trophée DVV). C’était l’une de mes plus belles courses de la saison, c’est très spécial », expliquait le Néerlandais au micro de l’UCI. « J’espérais créer rapidement une échappée, car c’était l’un des plus difficiles cyclo-cross auxquels j’ai participé. Les ponts et les buttes, dans les deux derniers tours, c’était très fatiguant… C’était plus difficile encore quand la pluie s’est arrêtée, car la boue commençait à sécher, on avait plus de mal à se diriger. Partir dès le premier tour m’a donné des ailes, j’ai pu faire ma course comme je le souhaitais, et elle était quasiment parfaite ».

Côté belge, il était difficile de se satisfaire d’une médaille de bronze, alors que les sept coureurs sélectionnés par Sven Vanthourenhout terminent tous dans le Top 10. « C’est la première fois que je ne suis pas sur le podium d’un championnat du monde chez les élites, et je ne pensais pas forcément pouvoir y accéder en début d’année. Mais aujourd’hui, je pense que c’était un objectif accessible. (…) J’aurais pu être heureux de ce résultat, mais je suis déçu vu la course », expliquait pour sa part Van Aert au micro de la VRT. « C’était très rapide dès le départ, et on a quand même eu beaucoup de mal à trouver le bon rythme. Et puis, Mathieu est parti… » Et Pidcock également, laissant les Belges en spectateurs. À l’image de cette saison, encore une fois dominée par Van der Poel. Les représentants belges se rassureront en se disant que le Néerlandais a désormais terminé sa saison : il reste encore deux manches du Superprestige et deux manches du Trophée DVV/AP Assurances pour garnir leur palmarès. C’est toujours ça de pris…

Résultats de la course des élites hommes des championnats du monde de cyclo-cross :

1. Mathieu Van der Poel (P-B, Alpecin-Fenix) en 1h08:52
2. Tom Pidcock (G-B, Trinity Racing) à 1:20
3. Toon Aerts (Bel, Telenet Baloise Lions) à 1:45
4. Wout van Aert (Bel, Team Jumbo-Visma) à 2:04
5. Laurens Sweeck (Bel, Pauwels Sauzen-Bingoal) à 2:32
6. Michael Vanthourenhout (Bel, Pauwels Sauzen-Bingoal) à 3:12
7. Corné van Kessel (P-B, Tormans CX Team) à 3:52
8. Tim Merlier (Bel, Creafin-Fristads) à 4:32
9. Quinten Hermans (Bel, Tormans CX Team) à 4:48
10. Eli Iserbyt (Bel, Pauwels Sauzen-Bingoal) à 5:11

Norbert-Riberolle écrase la concurrence

Alors que la pluie se faisait de plus en plus pressante et inondait un parcours devenu plus lourd au fil des passages, la course des espoirs femmes s’annonçait plus indécise malgré les prédictions qu’une favorite se dégageait au vu de sa saison : la tenante du maillot arc-en-ciel, Inge van der Heijden. Il fallait toutefois raison gardée : cette course pour les espoirs femmes ne se tient que deux fois par an (pour les championnats continentaux et championnats du monde) et il est difficile d’envisager de véritable hiérarchie alors que ces femmes sont mélangées aux élites durant le reste de la saison.

Van der Heijden se voulait donc prudente avant la course et manquait quelque peu son départ, pendant que l’Américaine Katie Clouse, la Néerlandaise Manon Bakker et la Française Marion Norbert-Riberolle prenaient leurs distances dès le premier tour. Ces deux dernières ne se faisaient d’ailleurs pas prier et prenaient l’avantage sur les passages plus techniques. Une chute de Bakker permettait toutefois à Norbert-Riberolle de s’isoler avec un bel avantage. Une avance qu’elle continuait à faire grandir grâce à une course parfaite, de bout en bout, malgré la boue.

Les Néerlandaises prenaient l’eau pendant que Norbert-Riberolle poursuivait sa course tranquille en tête avec près d’une demi-minute d’avance sur la Hongroise Blanca Kata Vas et la Britannique Anna Kay, les autres grandes révélations de l’hiver chez les moins de 23 ans. Et malgré la pluie qui s’intensifiait, le classement ne bougeait pas aux avant-postes. Norbert-Riberolle avait le temps de saluer ses mécaniciens, de lever les bras sur le dernier pont et de prendre un drapeau français pour célébrer son titre de championne du monde sur la ligne d’arrivée.

« C’est fou, c’est le rêve de tout cycliste », expliquait-elle au micro de l’UCI après sa course en solo, complètement abasourdie par son résultat. « C’est un truc de fou. Ce n’est que ma troisième année de cyclo-cross, je suis devenue championne de France chez les élites il y a trois semaines. Tout le monde pensait que j’allais faire le championnat du monde chez les élites, mais j’avais dit qu’avant d’être championne du monde chez les élites, je devais l’être chez les espoirs ». Surtout elle était heureuse des conditions proposées : « S’il avait fait sec comme hier, je n’aurais pas réussi cela. J’adore la pluie et les conditions boueuses. Je suis allée me coucher tôt hier et quand j’ai entendu la pluie qui claquait contre la fenêtre, je me suis dit : génial, il pleut ! » Cela lui permet de s’offrir un premier titre mondial, devant Vas et sa coéquipière Kay.

Résultats de la course des espoirs femmes des championnats du monde de cyclo-cross :

1. Marion Norbert-Riberolle (Fra, Experza Pro CX) en 48:31
2. Blanka Kata Vas (Hon, Doltcini-Van Eyck Sport) à 0:27
3. Anna Kay (G-B, Experza Pro CX) à 0:40
4. Katie Clouse (USA, Cannondale-Cyclocrossworld) à 1:29
5. Manon Bakker (P-B, Experza Pro CX) à 1:34
6. Inge van der Heijden (P-B, CCC-Liv) à 1:53
7. Francesca Baroni (Ita, Selle Italia-Guerciotti-Elite) à 2:06
8. Sara Casasola (Ita) à 2:29
9. Ruby West (Can) à 2:43
10. Noemi Rüegg (Sui) à 3:23

14. Kiona Crabbé (Bel) en 4:47
18. Marthe Truyen (Bel, Telenet Baloise Lions) en 6:16

Thibau replace Nys au sommet

En tant que champion de Belgique, champion d’Europe et vainqueur de la Coupe du monde (avec six victoires sur sept manches), le Belge Thibau Nys, 17 ans, arrivait à Dübendorf avec une gigantesque pancarte de favori sur le dos. Le fils de Sven Nys apparaissait même nerveux tant avant la course qu’à l’occasion du premier tour de ce championnat du monde destiné aux juniors. Sur un parcours roulant mais rendu plus difficile et glissant par la pluie tombée le matin même, Nys prenait un mauvais départ et se retrouvait coincé derrière des outsiders sur les quelques buttes à grimper, vélo sur l’épaule. Il profitait des quelques lignes droites dans la boue pour se refaire une place en tête, et éviter d’autres embouteillages à l’avenir.

Et dès le deuxième des quatre tours de l’épreuve, Nys commençait à enclencher la seconde pour faire la différence face au Suisse Dario Lillo, celui qui semblait être son plus grand concurrent sur l’aérodrome suisse. Ce dernier n’allait toutefois pas tenir longtemps. Nys creusait seconde par seconde, et se retrouvait avec plus de 40 secondes d’avance à l’entame du dernier tour. Pendant que ses collègues du jour, Lennert Belmans et Emiel Verstrynge menaient la vie dure à Lillo pour la course aux médailles. Belmans lançait une vive accélération au début du dernier tour pour s’assurer la médaille d’argent alors que Verstrynge profitait d’une chute de Lillo dans une descente raide pour s’octroyer la troisième place, synonyme de bronze. La joie était donc complète pour les Belges : Nys ne pouvait retenir ses larmes et savourait son premier titre de champion du monde, alors que Belmans et Verstrynge levaient également les bras, montrant en prime les couleurs belges, bien en avant sur cette première course de la journée.

« Je ne peux y croire », confiait Thibau Nys, très ému, au micro de l’UCI. « Je savais que ma forme était bonne, mais sur ce parcours, je n’étais pas sûr de mes qualités. À la mi-course, j’ai vu un trou et je me suis dit que je devais lancer ma propre course. Ce fut suffisant. Mais il y avait tellement de pression. J’ai quasiment tout gagné cette saison et je devenais automatiquement favori. Et sur ce parcours, je savais que seul le plus fort pouvait gagner. Finalement, aujourd’hui, je l’étais », estimait, lucide, le fils de Sven Nys. Le père, présent sur le plateau de la VRT pour commenter la victoire de son fils, était tout aussi ému : « Quand j’ai pu prendre dans les bras ce gamin dans les bras après l’arrivée, c’était un moment spécial. Moi, je le vois encore comme ce gamin qui faisait des tours sur son petit vélo. C’est très émouvant. Ce n’était pas forcément pour le titre de champion du monde mais pour le câlin que j’ai reçu de mon enfant ». Une émotion bien partagée entre père et fils.

Résultats de la course des juniors des championnats du monde de cyclo-cross :

1. Thibau Nys (Bel) en 38:50
2. Lennert Belmans (Bel) à 0:31
3. Emiel Verstrynge (Bel) à 0:38
4. Dario Lillo (Sui) à 0:54
5. Tibor Del Grosso (P-B) à 1:08
6. Marco Brenner (All) à 1:13
7. Jente Michels (Bel) à 1:29
8. Florian Richard Andrade (Fra) à 1:34
9. Rory McGuire (G-B) à 1:37
10. Andrew Strohmeyer (USA) à 1:39

17. Yorben Lauryssen (Bel) à 2:28
18. Ward Huybs (Bel) à 2:32

Photos : captures UCI

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