Le monde du cyclo-cross s’interroge sur la future Coupe du monde de l’UCI

Depuis plusieurs jours, organisateurs, coureurs et équipes se posent des questions sur la prochaine réforme de l’Union Cycliste Internationale (UCI) concernant la Coupe du monde de cyclo-cross. Actuellement disputée sur neuf manches, la campagne pourrait désormais accueillir seize épreuves ! Un calendrier qui interroge les organisateurs qui ne peuvent rivaliser avec les demandes de l’UCI et qui craignent une professionnalisation à tout prix de la discipline au détriment de sa pérennité.

La nouvelle avait été annoncée en juin dernier : la société Flanders Classics (qui organise notamment le Tour des Flandres, le Circuit Het Nieuwsblad, Gand-Wevelgem…) a acquis les droits d’organisation et de diffusion de la Coupe du monde de cyclo-cross pour les saisons 2020-2021 à 2023-2024. Une première pour une telle société, alors que les droits étaient jusqu’ici détenus et gérés par la société de cablodiffusion flamande Telenet. Rapidement, le CEO de Flanders Classics, l’ancien basketteur international Tomas Van den Spiegel, avait annoncé sa claire intention de faire grandir la Coupe du monde, avec une internationalisation encore plus prononcée, et le passage de neuf à seize manches dès l’hiver prochain. Une décision encore vague qui semble se confirmer ces dernières semaines, selon les bruits de couloir qui fuitent entre Aigle et les labourés belges.

Le calendrier souhaité par Flanders Classics et donc, l’UCI, a depuis fuité et confirme que le calendrier sera particulièrement fourni d’ici l’hiver 2020-2021. Entre le 11 octobre 2020 et le 24 janvier 2021, il n’y aurait ainsi que deux week-ends sans Coupe du monde et ceux-ci seraient consacrés soit aux championnats d’Europe, soit aux championnats nationaux. Avec en prime des manches de Coupe du monde prévues le 11 novembre et le 26 décembre. Cette configuration ne laisse du coup que peu de place aux autres challenges qui font la saveur si particulière du cyclo-cross : le Superprestige et le Trophée AP Assurances en Belgique, l’EKZ Tour en Suisse ou encore la Toi Toi Cup en République tchèque. Car l’objectif de l’UCI est d’installer sa Coupe du monde sur le plan international et de visiter au moins sept à huit pays différents. Et pour des cyclo-crossmen et women, le plus souvent semi-pro, difficile de voyager aussi souvent sans casser sa tirelire et faire des choix cornéliens.

Nys : « Un seul classement, c’est dangereux »

Sven Nys, ancienne star de la discipline et manager de Telenet Baloise Lions, a tiré la sonnette d’alarme à l’antenne de Radio 1, en Flandre. « Nous avons actuellement trois beaux classements. Cela apporte de la concurrence, et cela attire des nouveaux sponsors, des entreprises qui veulent ainsi investir dans le cyclo-cross. Mais s’il n’y a plus qu’un classement l’an prochain, c’est dangereux. De nombreuses courses risquent de disparaître », lâche-t-il. La Coupe du monde risque en effet de cannibaliser le calendrier, pour ne laisser que des miettes aux autres organisations, qui préfèrent évidemment organiser une épreuve le dimanche, quand tout le monde est en congé que durant la semaine ou même le samedi.

Même des organisateurs hors de la Belgique s’inquiètent de cette réforme. Christian Rocha, organisateur du cyclo-cross de Berne qui a accueilli le week-end dernier la troisième manche de la Coupe du monde, a confié sa crainte de voir son épreuve disparaître. « Nous ne sommes au courant de rien. Nous n’avons eu qu’un appel de Flanders Classics, mais depuis lors nous n’avons plus eu de nouvelle. Nous ne savons rien alors que nous sommes en octobre. C’est très difficile de trouver des sponsors dans ces conditions », confirme-t-il à Wielerflits.

Van den Spiegel : « Pas de réforme sans casse »

Du côté de Flanders Classics, on se défend évidemment de toute décision qui pourrait nuire au cyclo-cross. « Nous voulons faire du cyclo-cross un produit fort. À l’avenir, la plupart des dimanches et jours fériés seront dédiés à une course de Coupe du monde », dit Tomas Van den Spiegel à Sporza. « Dernièrement, il y a eu une forte fragmentation dans le calendrier, de sorte qu’à la longue, vous ne saviez plus quel classement correspondait à quoi. Il faut qu’il devienne clair que vous regardez une manche de Coupe du monde quand vous allumez votre télé ». Même si cela risque de faire mal : « Il n’y a pas de réforme sans casse », lâche le CEO de Flanders Classics. « Nous sommes en discussion avec différents organisateurs. Sur les 16 cyclo-cross, 8 auront lieu en Belgique. De nouveaux organisateurs pourront se joindre à nous même si nous voulons aussi tenir compte des traditions ».

L’UCI devra rapidement préciser ses intentions avec Flanders Classics pour permettre aux organisateurs de connaître le futur calendrier et les demandes de la fédération pour la mise en place d’une manche de Coupe du monde. Car si les tarifs augmentent, il sera difficile pour de nombreux organisateurs de maintenir leur épreuve au plus haut niveau. Et cela risque donc de faire plus de victimes que de bénéficiaires dans ce monde déjà si réduit du cyclo-cross. L’UCI tente déjà l’internationalisation depuis plusieurs années, sans vraiment attirer les coureurs et équipes à l’étranger (la preuve avec les cyclo-cross américains de début de saison délaissés par les stars européennes). Il faudra donc plus qu’une Coupe du monde rallongée pour assurer la pérennité d’un sport qui compte surtout sur ses bénévoles et autres petits organisateurs pour maintenir une discipline à flot. Partir de la base et interroger les coureurs serait déjà une bonne idée pour mettre en avant le cyclo-cross à moyen terme.

Photo : Gr.I.

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