Liège-Bastogne-Liège : Fuglsang concrétise enfin

« La plus grande victoire de ma carrière », confirme-t-il après avoir levé les bras dans le soleil qui s’était montré jusqu’ici timide. Jakob Fuglsang (Astana) a enfin concrétisé ses nombreuses offensives avec un succès de prestige sur Liège-Bastogne-Liège. La confirmation d’un printemps toujours à l’avant.

Les guerriers étaient de sortie ce dimanche sous les lourds nuages ardennais qui les ont douchés durant plusieurs heures de Liège à Bastogne, et retour. Sous la pluie et face à un mercure qui chutait jusqu’à 3 degrés sur les sommets, il fallait être sacrément costaud pour s’assurer une position parmi les meilleurs sur cette Doyenne encore plus extrême qu’à l’accoutumée. Et cela a tout de même échauffé les esprits en vue de la Cité Ardente avec, au-delà de l’offensive matinale habituelle, des attaques sur la côte de la Haute-Levée pour bousculer les habitudes du peloton. Les Deceuninck-Quick Step (avec Philippe Gilbert et Enric Mas) et les Bahrain-Merida (avec Vincenzo Nibali notamment) étaient les mieux représentés, alors que Lotto-Soudal et Groupama-FDJ devaient déjà faire l’effort derrière pour ne pas manquer le bon peloton. « On a été piégé avec Dumoulin, avec Matthews, Yates… On a dû faire l’effort et je pense que cela nous a coûtés dans le final », explique notamment Tim Wellens (Lotto-Soudal).

« Je devais anticiper »

Les attaques se poursuivaient dans le Rosier puis après la Redoute, confirmant l’envie de certains outsiders d’en découdre bien avant le juge de paix annoncé qu’est la Roche-aux-Faucons. Les Lotto-Soudal faisaient notamment impression avec Bjorg Lambrecht et Tim Wellens, tout comme les EF Education First avec Tanel Kangert. « Je savais que je devais anticiper avant la Roche, car tous les meilleurs allaient clairement attaquer sur cette côte. Cela a marché un temps avec Impey mais j’aurais dû avoir plus d’avance au pied de la côte. C’est dommage, notamment à cause de cette bordure à la Haute-Levée », ajoute Wellens, parti en solo dans la Roche-aux-Faucons avant de voir les favoris l’avaler. « J’avais quand même des bonnes jambes aujourd’hui ». Mais cela ne suffisait pas pour faire la différence face à Michael Woods (EF Education First), premier à lancer l’escarmouche décisive, avec Jakob Fuglsang (Astana) et Davide Formolo (Bora-Hansgrohe) dans la roue. Le bon coup partait dans la Roche, alors que Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) coinçait tout comme Vincenzo Nibali (Bahrain-Merida) ou encore Adam Yates (Mitchelton-Scott).

« Un final de costauds »

Et dans le faux-plat suivant le sommet de l’ultime difficulté du jour, Fuglsang lâchait d’abord Woods avant de s’extirper en solitaire vers le Sart Tilman. « Je devais partir dans la Roche car si on arrivait groupé au sommet, je ne pense pas que j’allais gagner. Je devais tout donner avant le sommet. Je ne devais plus regarder derrière moi. Mourir ou gagner, c’était tout », confie le Danois. « Aujourd’hui, c’était très dur dans la dernière montée alors qu’avant, cela permettait surtout de faire une grosse sélection. On m’avait dit que le final serait plus facile, mais la Roche est plus difficile que Saint-Nicolas ou Ans. Pour moi, cela reste un final de costauds », ajoute Davide Formolo, qui ne parvenait pas à retrouver un second souffle dans la descente vers Liège, où Fuglsang manquait de perdre sa trajectoire sur le tracé humide de la Route du Condroz. « J’avais en tête que la descente finale était quasiment en ligne droite et que je pouvais aller fond sur ces routes. Mais, sur le sec ou sur un chemin humide, c’est bien différent. J’ai réussi à sauver cette roue dérobée, mais je ne sais pas comment j’ai fait », sourit Fuglsang.

« J’espère que tu vas gagner »

Malgré cette frayeur, le Danois parvenait à tenir la distance pour s’offrir sa première grande classique, à 34 ans, après une troisième place sur l’Amstel Gold Race et une deuxième place sur la Flèche Wallonne. « Couronner cette semaine avec une telle victoire, sur une telle classique, c’est incroyable. Il n’y a pas de meilleur sentiment », confirme le vainqueur de la Doyenne édition 2019. « Cette année, j’ai l’impression que toutes les pièces se combinent parfaitement. L’équipe est très forte, j’ai pu lancer mon attaque comme je voulais sur la Roche après un beau travail de mes collègues. Mais j’espère que j’ai encore quelques belles années devant moi pour en profiter », lance-t-il. Dans ce final, Jakob Fuglsang avait même eu droit aux encouragements de… Julian Alaphilippe, son souffre-douleur sur les classiques depuis le début du printemps. « Avant la Redoute, j’étais dans la roue de Luis Léon Sanchez, j’ai regardé si je voyais des signes de fatigue chez Alaphilippe. Il m’a juste dit : ‘J’espère que tu vas gagner aujourd’hui’. J’imagine qu’il savait qu’il n’avait peut-être pas les jambes pour gagner ou que la Roche aux Faucons allait être trop dure pour lui. Il m’a dit bonne chance aussi ».

« Fuglsang mérite »

Fuglsang s’offre la plus belle victoire de sa carrière pour le retour de la Doyenne à Liège, la 23e de l’équipe Astana cette saison, et se paie en prime l’équipe Bora-Hansgrohe, qui truste les deux dernières places du podium. Davide Formolo termine en solo à la deuxième place pendant que son collègue allemand Maximilian Schachmann gagne le sprint des poursuivants. « Cela faisait déjà deux éditions que j’étais bien placé parmi les meilleurs avant la côte de Saint-Nicolas. Ici, j’étais bien dans la Roche mais Fuglsang était le plus fort. J’étais tout près de lui, mes jambes étaient meilleures au fil de la journée, mais ça n’a pas suffi », explique Formolo. « Fuglsang mérite cette victoire, vu comment il a roulé. Il a montré à quel point il était fort. Je suis heureux d’avoir pu suivre des gars comme Yates, Woods, Nibali… Ce sont déjà des coureurs du top. Cela me rend fier », confie Schachmann, confirmant la bonne forme de l’équipe allemande sur ces Ardennaises.

Résultats de la 105e édition masculine de Liège-Bastogne-Liège (Liège > Liège, 256 km) :

Photo : ASO/Gautier Demouveaux

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