Notre présentation complète de Paris-Roubaix : la légende s’écrit sur les pavés

La campagne des classiques du Nord se clôture ce dimanche avec la plus ancienne et plus mythique des épreuves flandriennes : Paris-Roubaix. Sur les pavés, un peloton décidé à affronter les routes cabossées les plus rudes d’Europe. Avec l’espoir de lever l’un de ces blocs de roche dans le vélodrome roubaisien, sept heures plus tard.

Les points-clés du parcours

De Compiègne à Roubaix, 257 kilomètres s’annoncent au programme des forçats de la route qui prendront le départ de la Reine des classiques. Mais surtout, le peloton devra braver 54,5 kilomètres de pavés dans les 160 dernières bornes. Des routes de campagne conservées et rénovées au fil des saisons grâce aux bénévoles de l’association Les Amis de Paris-Roubaix, qui permettent d’assurer la légende de cette épreuve cycliste d’un autre temps. Encore ce printemps, les bénévoles ont enchaîné les journées de boulot pour remettre à neuf la fameuse Trouée d’Arenberg, terrible ligne droite pavée de 2400 mètres. Un tel tronçon historique rénové ? La course en deviendrait-elle plus aisée ? Loin de là selon les coureurs qui expliquent que la terre et les herbes qui poussaient dans les joints des pavés ne sont plus là. Désormais, le secteur est à nu et les coureurs risquent de valdinguer sur cette route irrégulière.

Avant cet habituel passage, à moins d’une centaine de kilomètres de l’arrivée, le tracé ne changera quasiment pas, avec le seul secteur de Troisvilles, en début de course, qui a été réduit de 2200 à 900 mètres. Ce qui ne changera pas forcément le cours de l’épreuve. Les coureurs auront ensuite une pensée pour le regretté Michael Goolaerts, cycliste belge de 23 ans qui est décédé l’an dernier sur le secteur pavé de Biastre. Une stèle trône aujourd’hui sur ce secteur, pour lui rendre hommage, et un site a été créé pour laisser un message à la famille de Michael Goolaerts, et montrer que le monde de la Petite reine n’a pas oublié le coureur belge.

La suite sera une longue succession de secteurs pavés à travers les champs du Nord. Après la Trouée d’Arenberg, où les favoris sont attendus aux premières places pour éviter les chutes, le prochain secteur décisif sera certainement celui de Mons-en-Pévèle, un long tronçon de trois kilomètres sur lequel il est possible de lancer l’attaque décisive pour réduire le peloton à un groupe de favoris, ou sur lequel la victoire peut être définitivement oubliée en raison d’un problème mécanique. Une dizaine de secteurs pavés devront encore être avalés de toute manière. Parmi lesquels le terrible Carrefour de l’Arbre, une route de campagne étroite de 3500 mètres, en léger faux-plat, et sur lequel le vent jouera un rôle prédominant vu les rafales annoncées. C’est ce secteur qui peut permettre à un coureur au meilleur de sa condition de s’isoler en tête et de creuser l’écart. Car la suite s’annonce plus aisée, même si le poids des kilomètres sera important. Et puis, dans les 500 derniers mètres, la tactique prendra le dessus sur le célèbre vélodrome de Roubaix, où le placement sera aussi important que la puissance développée sur l’ultime ligne droite.

Les favoris

Gagner Paris-Roubaix implique une certaine expérience du pavé. Le placement, la gestion de l’effort, le timing de l’attaque… Tellement d’éléments rentrent en compte sur ces routes pavées qu’il est difficile pour un novice de s’imposer sur le vélodrome, ce dimanche. Et au vu des efforts produits durant les précédentes classiques flandriennes, plusieurs anciens vainqueurs de l’épreuve semblent clairement favoris. À commencer par le champion olympique Greg Van Avermaet (CCC), vainqueur en 2017. S’il n’était pas le plus fort sur le Tour des Flandres, le Waeslandien est l’un des hommes en forme parmi ces spécialistes. Il n’aura cependant pas une équipe capable de le soutenir jusqu’aux moments les plus décisifs de l’Enfer du Nord, mais il a l’expérience de se débrouiller en solo dans le final de ces courses éreintantes. Tout comme Peter Sagan (Bora-Hansgrohe), rapidement isolé sur le Ronde et qui pourrait de nouveau surprendre après un printemps difficile. Le champion de Slovaquie aura en France des routes plus adaptées à ses qualités de routier-sprinter. Il peut donc profiter de cette explosivité et de cette puissance, surtout qu’il semble améliorer sa condition au fil des courses.

L’Allemand John Degenkolb (Trek-Segafredo), vainqueur en 2015, a également prouvé sur cette campagne printanière qu’il avait une bien meilleure forme que l’an dernier, et peut donc peser sur la course de son cœur, lui qui a soutenu la poursuite de l’organisation de Paris-Roubaix juniors grâce à un crowdfunding réussi en mars dernier. Degenkolb a une vraie équipe de Flandriens à ses côtés et peut donc espérer une belle prestation vers Roubaix. Il n’est d’ailleurs pas le seul sprinter à prétendre à la victoire ce dimanche. Le vainqueur de Gand-Wevelgem Alexander Kristoff (UAE Team Emirates) tient également la forme, comme l’a confirmé sa troisième place sur le Tour des Flandres. Cette fois, sans dénivelé et avec les seuls pavés comme difficultés, le Norvégien a le physique pour virer jusqu’au vélodrome en tête, à moins qu’il décide de jouer la carte au sprint dans un petit groupe.

Et puis, il y a les spécialistes du cyclo-cross, qui seront attendus pour leurs qualités de technicien. Zdenek Stybar (Deceuninck-Quick Step) connaît déjà bien les routes de Paris-Roubaix, sur lesquelles il a notamment terminé 2e en 2015 et 2017. Diminué par des problèmes gastriques tout comme son équipier Philippe Gilbert sur le Tour des Flandres, le Tchèque dit être en meilleure forme, même si son équipe n’aura pas le même statut que sur les précédentes classiques flandriennes. Certes, Gilbert sera également surveillé, tout comme le champion de Belgique Yves Lampaert ou la surprise danoise du Ronde Kasper Asgreen. Mais le collectif bleu et blanc devra d’abord prouver qu’il a retrouvé la plénitude de ses moyens. Alors que du côté de l’équipe Jumbo-Visma, le triple champion du monde de cyclo-cross Wout van Aert espère profiter de cette deuxième expérience sur Paris-Roubaix pour ouvrir son palmarès de monuments. Depuis le début du printemps, le coureur de 24 ans impressionne et il dispose d’un des meilleurs effectifs pour ce type de courses, avec notamment Danny van Poppel ou Mike Teunissen pour le soutenir ou anticiper l’une ou l’autre attaque.

L’équipe Ag2r-La Mondiale avait surpris tout le monde avec la deuxième place de Silvan Dillier l’an dernier, grâce à une offensive au long cours et une belle entente avec Peter Sagan dans le final, mais cette année, le Belge Oliver Naesen devrait bien jouer les premiers rôles pour la formation française, au vu de sa condition durant le printemps, simplement coupée par une bronchite après Gand-Wevelgem. Il se dit désormais remis et vise donc la première marche du podium. Et puis, il y a l’équipe EF Education First, qui a surpris tous les observateurs par son travail collectif sur le Tour des Flandres, menant à la victoire d’Alberto Bettiol, absent ce dimanche. Sur Paris-Roubaix, l’équipe comptera cette fois sur Sep Vanmarcke, habitué à ces pavés et qui peut viser la victoire s’il ne joue pas de malchance, et sur Sebastian Langeveld, clairement attendu pour une offensive anticipée qui peut rapporter gros, à l’image de Dillier l’an dernier ou Mathew Hayman en 2016.

La météo

Le ciel sera nuageux en début de journée et devrait dévoiler plus d’éclaircies au cours de l’après-midi. Les températures resteront toutefois fraîches entre 8°C et 13°C au mieux. Et si les averses ne sont pas annoncées dans le Nord, le vent sera fort et soufflera de nord-est entre 15 et 25 km/h en début de journée, avec des rafales jusqu’à 35 km/h dans l’après-midi.

La carte de la 117e édition de Paris-Roubaix :

Le mode d’emploi de la 117e édition de Paris-Roubaix :

Présentation des coureurs : samedi de 14h30 à 16h30 puis dimanche de 9h45 à 10h45 sur la place du Général de Gaulle à Compiègne.

Départ fictif : 11h00 sur la place du Général de Gaulle à Compiègne.

Départ réel : 11h15 sur la D130 à Compiègne.

Distance : 257 kilomètres

Arrivée : vers 17h20 sur le vélodrome de Roubaix.

Difficultés :
Secteur pavé 29 – Km 97,5 : Troisvilles à Inchy (900 m) **
Secteur pavé 28 – Km 101,5 : Briastre à Viesly (3000 m) ****
Secteur pavé 27 – Km 108,5 : Viesly à Quiévy (1800 m) ***
Secteur pavé 26 – Km 116 : Quiévy à Saint-Python (3700 m) ****
Secteur pavé 25 – Km 118,5 : Saint-Python (1500 m) **
Secteur pavé 24 – Km 127,5 : Vertain à Sain-Martin-sur-Ecaillon (2300 m) ***
Secteur pavé 23 – Km 136,5 : Verchain-Maugré à Quérénaing (1600 m) ***
Secteur pavé 22 – Km 140,5 : Quérénaing à Maing (2500 m) ***
Secteur pavé 21 – Km 142,5 : Maing à Monchaux-sur-Ecaillon (1600 m) ***
Secteur pavé 20 – Km 156,5 : Haveluy à Wallers (2500 m) ****
Secteur pavé 19 – Km 164,5 : Trouée d’Arenberg (2300 m) *****
Secteur pavé 18 – Km 170 : Wallers à Hélesmes (1600 m) ***
Secteur pavé 17 – Km 179 : Hornaing à Wandignies (3700 m) ****
Secteur pavé 16 – Km 185 : Warlaing à Brillon (2400 m) ***
Secteur pavé 15 – Km 188,5 : Tilloy à Sars-et-Rosières (2400 m) ****
Secteur pavé 14 – Km 194 : Beuvry à Orchies (1400 m) ***
Secteur pavé 13 – Km 199 : Orchies (1700 m) ***
Secteur pavé 12 – Km 206,5 : Auchy à Bersée (2700 m) ****
Secteur pavé 11 – Km 212 : Mons-en-Pévèle (3000 m) *****
Secteur pavé 10 – Km 215,5 : Mérignies à Avelin (700 m) **
Secteur pavé 9 – Km 220 : Pont-Thibault à Ennevelin (1400 m) ***
Secteur pavé 8 – Km 224 : Templeuve – L’Epinette (200 m) *
Secteur pavé 8 – Km 225 : Templeuve – Moulin-de-Vertain (500 m) **
Secteur pavé 7 – Km 232 : Cysoing à Bourghelles (1300 m) ***
Secteur pavé 6 – Km 234,5 : Bourghelles à Wannehain (1100 m) ***
Secteur pavé 5 – Km 239,5 : Camphin-en-Pévèle (1800 m) ****
Secteur pavé 4 – Km 242,5 : Carrefour de l’Arbre (2100 m) *****
Secteur pavé 3 – Km 244 : Gruson (1100 m) **
Secteur pavé 2 – Km 251 : Willems à Hem (1400 m) ***
Secteur pavé 1 – Km 256 : Roubaix (300 m) *

Liste des partants : cliquez ici pour découvrir la liste des partants.

Palmarès :
2009 Tom Boonen (BEL)
2010 Fabian Cancellara (Sui)
2011 Johan Van Summeren (BEL)
2012 Tom Boonen (BEL)
2013 Fabian Cancellara (Sui)
2014 Niki Terpstra (P-B)
2015 John Degenkolb (All)
2016 Mathew Hayman (Aus)
2017 Greg Van Avermaet (BEL)
2018 Peter Sagan (Svq)

Programme TV :
– En direct dès 10h55 sur La Deux, puis dès 13h45 sur La Une (RTBF) avec les commentaires de Rodrigo Beenkens et Cyril Saugrain.
– En direct dès 10h50 sur France 3, puis dès 11h50 sur France 4, puis dès 12h55 sur France 3 avec les commentaires d’Alexandre Pasteur, Laurent Jalabert et Marion Rousse.
– En direct dès 11h00 sur Eurosport 1 avec les commentaires de Guillaume Di Grazia, Jacky Durand et Steve Chainel.
– En direct dès 11h00 sur Één/Sporza (VRT) avec les commentaires de Michel Wuyts et José De Cauwer.

Graphique et photo : ASO/Georoute – ASO/Pauline Ballet

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 29 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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