Cinq leçons à retenir du Tour Down Under : Impey, Philipsen et classement UCI

Première course WorldTour de la saison, le Tour Down Under reste un rendez-vous à part, par sa place dans le calendrier et la constitution de son peloton. Entre sprinters avertis et grimpeurs encore en préparation, l’épreuve peut donner le ton de ce début de saison, surtout en vue des courses par étapes du printemps. Et pour les équipes belges, le bilan est mitigé.

Daryl Impey s’offre le premier doublé

Après avoir remporté un premier succès final sur le Tour Down Under, principalement grâce aux bonifications remportées tout au long de la semaine, le champion d’Afrique du Sud Daryl Impey (Mitchelton-Scott) a joué le même jeu, cette saison, du côté d’Adelaïde. Le puncheur, capable avec sa puissance d’enchaîner les sprints sur les étapes plus vallonnées, a fait encore mieux sur cette 21e édition de l’épreuve australienne : il a remporté la 3e étape après la montée de Corkscrew, face à Peter Sagan (Bora-Hansgrohe). Ce succès lui a ainsi valu de revenir à quelques secondes du leader néo-zélandais Patrick Bevin (CCC) avec qui il a enchaîné les sprints de bonification durant les deux étapes suivantes. Impey a certes profité de la chute de Bevin, qui n’a pu sauvegarder ses chances sur les pentes de Willunga Hill, lors de la 6e et dernière étape. Mais le Sud-Africain a tenu le bon rythme sur les deux ascensions de Willunga Hill, se permettant même de terminer troisième de l’étape-reine au sommet de la colline de Willunga. « Cela donne l’impression que j’ai un peu volé la victoire, mais c’est le cyclisme, et il n’y a pas grand-chose d’autre à dire. Patrick (Bevin) a tout de même eu les c*** de venir sur la ligne de départ malgré sa blessure. On pouvait voir qu’il n’était pas bien. Je suis désolé pour lui », a lancé le vainqueur final après avoir célébré son deuxième succès consécutif sur le podium.

Dès l’arrivée, Daryl Impey tenait surtout à saluer la course collective de l’équipe Mitchelton-Scott tout au long de cette semaine sous le chaud soleil australien. « Chaque année, nous venons ici avec une équipe forte, avec de grandes ambitions. Et cette année, quand on m’a dit que nous revenions ici avec une équipe destinée à s’offrir le doublé, je pensais que cela serait chouette, mais je sais ô combien la compétition est rude. (…) Sur la 5e étape, on a vraiment été loin. Mes équipiers ont contrôlé l’étape très tôt, et on a pris des secondes importantes sur les sprints intermédiaires », explique le Sud-Africain, qui confirme la tactique de sa formation. Le but était de prendre le maximum de secondes de bonification, et d’aller à l’attaque sur chaque opportunité pour prendre de l’avance sur les rivaux potentiels. Pendant que Richie Porte (Trek-Segafredo) ou Wout Poels (Sky) restaient dans le peloton, Impey restait aux avant-postes.

Cette posture offensive a finalement permis à Daryl Impey de devenir le premier coureur à remporter deux années consécutives le Tour Down Under. Même avec Willunga Hill comme dernière montée du tracé. Notamment grâce à une équipe parfaitement adaptée au profil de l’épreuve. « Si je n’avais pas eu Lucas Hamilton avec moi dans le final, je n’aurais jamais été aussi proche de Richie (Porte) dans le final, surtout le jour de ma victoire sur la 3e étape », explique Impey, qui rend ainsi hommage au jeune grimpeur australien de 22 ans, qui confirme son potentiel pour sa deuxième année professionnelle. « Mais toute l’équipe a été fantastique, ce n’était pas l’œuvre d’un seul homme ».

Jasper Philipsen se fait un nom

S’il était déjà connu pour ses qualités de sprinter, Jasper Philipsen a pris une nouvelle dimension pour sa première saison dans le WorldTour. Le jeune coureur belge de 20 ans, passé chez UAE Team Emirates, a ainsi savouré son premier succès au plus haut niveau sur la 5e étape, après un sprint particulièrement animé avec Caleb Ewan. L’Australien avait d’abord levé les bras mais les images d’hélicoptère ont montré qu’il a donné deux coups de casque à Philipsen avant de lancer son sprint. Le jury des commissaires a alors décidé de déclasser le sprinter de Lotto-Soudal pour laisser le bouquet à son rival belge. « Je ne vais pas me plaindre de la décision du jury, même si je n’ai pas eu la joie de franchir la ligne en tant que vainqueur », sourit Philipsen, très réservé sur le podium vu les circonstances. « J’étais déjà heureux d’avoir terminé deuxième« , disait-il même, malgré les images le montrant frapper sur son guidon après la ligne.

Le coureur originaire de Mol, qui avait déjà gagné une étape du Tour de l’Utah l’an dernier, grimpe ainsi déjà les échelons au sein d’une équipe qui dispose déjà de deux sprinters de choix avec Alexander Kristoff et Fernando Gaviria. Philipsen doit désormais continuer à progresser sur ce genre de terrain, loin de la pression des grands rendez-vous. S’il n’est que le troisième choix d’UAE Team Emirates dans les sprints, il doit surtout continuer à apprendre, sans trop se mettre de pression. Mais pour sa formation, visiblement, il s’agit de le mettre directement dans le grand bain. Il participera normalement au Strade Bianche, à Milan-Sanrem, au GP E3, au Tour des Flandres et à Paris-Roubaix, affirme le quotidien flamand Het Laatste Nieuws. Attention au surménage en ce début de saison…

Caleb Ewan manque sa première

Alors qu’il était attendu aux avant-postes sur ce Tour Down Under après ses succès sur le championnat d’Australie du critérium et les critériums d’avant-saison en Australie, Caleb Ewan a quelque peu déçu sur les routes d’Adelaïde. Sur les trois sprints adaptés aux amateurs de plaine, Ewan ne s’est montré aux portes de la victoire qu’à une seule reprise. Et cela s’est soldé par un déclassement après des coups de casque à l’encontre de Philipsen. « C’est lui qui s’est déplacé pour tenter de prendre ma place dans le peloton, et j’ai donc fait ce geste pour éviter d’être déséquilibré », explique Ewan. Le sprinter australien de 24 ans a confié sa déception face à cette victoire retirée à la dernière minute par le jury des commissaires. Il espère désormais que ce Tour Down Under n’atteindra pas sa confiance en vue de la suite de la saison. Car le routier de poche est connu pour connaître quelques difficultés quand les défaites s’enchaînent. Désormais propulsé leader unique dans les sprints, il va devoir se ressaisir rapidement sous le maillot de Lotto-Soudal.

Richie Porte est bien de retour

Déjà quintuple vainqueur d’étape au sommet de Willunga Hill, Richie Porte a confirmé qu’il reste le roi incontesté de cette montagne. Comme à son habitude, l’Australien a attaqué sous la flamme rouge pour disperser ses rivaux. Il a ensuite accéléré tant et plus pour aller s’imposer une sixième fois au sommet de « l’Alpe d’Huez australien ». Et pourtant, sa victoire, sous ses nouvelles couleurs de Trek-Segafredo, n’avait rien d’une sinécure. « C’est une course difficile à gagner pour moi. C’est dommage qu’il n’y a pas d’autre arrivée au sommet sur cette course. Mais gagner six fois d’affilée, en plus avec une nouvelle équipe, est une manière de démarrer la saison », explique Porte qui affirme adorer « foncer à travers la foule » sur ces pentes particulières de Willunga Hill, bercées par le soleil.

S’il n’a pu s’imposer au classement général, Porte sait que cela est notamment dû à son sprint, bien moins puissant qu’Impey par exemple. « Il faut savoir mieux grimper que les sprinters, et mieux sprinter que les grimpeurs », rigolait-il en conférence de presse pour résumer cette course australienne. Mais que ce soit le samedi dans le cadre de la 5e étape ou le dimanche pour la dernière étape, Richie Porte est toujours aussi fan de Willunga Hill, et confirme qu’il peut encore prester une saison au plus haut niveau, malgré ses chutes à répétition.

La bataille pour le classement UCI commence

Cette nouvelle saison annonce également les mises en place des classements UCI mondiaux, notamment pour les équipes. Ces classements prendront une nouvelle dimension en 2020 car ils seront également un baromètre pour obtenir une licence WorldTour et ainsi pouvoir prester sur les plus grandes courses cyclistes de la saison. Si, au niveau individuel, le champion du monde Alejandro Valverde (Movistar) est toujours large leader, avec notamment Elia Viviani (Deceuninck-Quick Step), vainqueur d’étape sur ce Tour Down Under, en embuscade, c’est bien Deceuninck-Quick Step qui mène les débats dans le classement par équipes devant le Team Sky et la Movistar. Alors que Katusha-Alpecin se retrouve bien loin, à la 20e place, et est même débordé par deux formations continentales pro, Cofidis et Direct Énergie. Bref, l’équipe russe devra vite enchaîner les résultats…

Photo : Bora-Hansgrohe/Bettiniphoto/Dario Belingheri

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