Championnats d’Europe de cyclo-cross : la Belgique en berne, les Pays-Bas en verve

Il n’y a pas eu photo lors des championnats d’Europe de cyclo-cross disputés ce dimanche à Rosmalen, aux Pays-Bas : sur les cinq titres en jeu, les Néerlandais ont raflé quatre d’entre eux, le dernier revenant au Britannique Thomas Pidcock. Et les Belges ? Relégués aux places d’honneur, sur le podium voire plus loin encore. La confirmation que les représentants du plat pays ne sont plus les maîtres des labourés, même chez les jeunes.

Pim Ronhaar, chez les juniors, a maté deux Belges dont le fils de Sven Nys, Thibau Nys (3e), pour s’offrir le titre européen. Mathieu Van der Poel n’a eu besoin que d’un tour pour mettre le champion du monde Wout van Aert dans le rouge et s’imposer une deuxième année consécutive sur l’épreuve continentale. Chez les dames, c’est encore mieux pour les Néerlandaises : tant chez les espoirs que chez les pros, les représentantes « orange » ont tout simplement raflé les trois médailles à chaque reprise. La domination est claire : ce sont aujourd’hui les spécialistes néerlandais qui font la pluie et le beau temps sur le cyclo-cross mondial. Et cela ne tient pas seulement des talents déjà reconnus de Van der Poel et Vos. Annemarie Worst, 22 ans, enchaîne les podiums (6) depuis le début de la saison et a même remporté son premier succès en Superprestige sur ses terres, à Gieten, en octobre. Denise Betsema, 25 ans, se révèle cette saison, pour sa troisième année parmi le gratin mondial et ses succès à Aigle et Neerpelt notamment, ainsi que sa troisième place sur ce championnat d’Europe, lui permettent de rafler un premier contrat professionnel chez Marlux-Bingoal. Ceylin Del Carmen Alvarado, 20 ans, a remporté le titre continental chez les espoirs après un titre de vice-championne du monde dans la même catégorie, l’hiver dernier, et confirme son talent chez les pros, à l’image de sa deuxième place à Neerpelt, ou sa 5e place à Berne. Joris Nieuwenhuis, 22 ans, enchaîne les cyclo-cross sous son maillot Sunweb et semble également grandir pour sa première saison entre les pros et les espoirs, avec notamment un Top 10 à Gieten et une 3e place à Woerden. 

Les Néerlandais semblent retrouver une seconde jeunesse depuis l’avènement de Mathieu Van der Poel mais c’est bien un travail de longue haleine qui leur permet de truster les sommets ces derniers mois. Les jeunes cyclo-crossmen et women qui se dévoilent bénéficient d’un programme de formation mis en place depuis vingt ans par la fédération néerlandaise de cyclisme (KNWU). Les garçons et les filles sont notamment prises en main rapidement, dans des groupes distincts, pour les faire grandir à leur rythme. Et ainsi éviter le modèle belge, dans lequel les garçons et les filles sont contraints de courir ensemble en compétition, parfois jusqu’à 14 ans. Difficile pour les filles de se construire dans ces conditions. La tendance semble enfin s’inverser en Belgique, mais plutôt à l’initiative de groupes privés, comme Sven Nys à la tête de Telenet Fidea Lions, qui met en place une véritable structure pour mener les jeunes au sommet. Même chose chez Marlux-Bingoal et Corendon-Circus. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les Néerlandais cités plus haut arrivent plus tard dans ces structures Belges, de plus en plus professionnelles, et enfin portées vers le confort de leurs coureurs, et non plus le simple fait de porter un maillot et un dossard. 

« Le pays du cyclo-cross »

« Nous sommes le pays du cyclo-cross désormais. Plus la Belgique », rigole ainsi Gerben De Knegt, ancien cyclo-crossman et sélectionneur néerlandais, dans le quotidien flamand Het Nieuwsblad. « Chez les jeunes, nous avons des points où des entraîneurs de la fédération repèrent et donnent des entraînements spécifiques. Cela diffère du système belge, où vous devez déjà être dans une équipe pour connaître une formation. Mais notre système fonctionne. Même si nos jeunes doivent ensuite aller dans une équipe belge car il n’y a pas assez de structures professionnelles pour le cyclo-cross aux Pays-Bas », déplore-t-il.

Est-ce simplement cela qui manque aujourd’hui aux Belges : la culture de la formation ? Pas seulement. Les coureurs noir-jaune-rouge étaient en effet bien présents aux championnats d’Europe avec cinq médailles (la 2e meilleure nation derrière les Pays-Bas), mais ils leur a manqué à chaque fois l’accélération nécessaire pour accrocher la médaille d’or. Selon le sélectionneur belge Sven Vanthourenhout, il y a tout de même de l’espoir. Notamment chez les juniors, catégorie dans laquelle les Belges ont rarement enchaîné les places d’honneur ces dernières années. Cette fois, ils sont deux sur le podium européen : Wietse Meeussen et Thibau Nys. « Je suis bien sûr déçu qu’ils ne gagnent pas car ils le méritaient », explique-t-il dans la presse flamande ce lundi. « Je travaille depuis cet été avec le même groupe et nous avons franchi un palier. Chez les espoirs, par contre, je consens qu’il y a un trop gros vide derrière Eli Iserbyt (NDLR : champion du monde et vice-champion d’Europe). Nous devons travailler à cela. C’est aussi l’inconvénient de nos équipes de cyclo-cross en Belgique : on attend beaucoup des jeunes, chaque semaine. Les Néerlandais et les coureurs d’autres pays ont plus de place pour se montrer ».

Sven Vanthourenhout s’étonne également du manque de femmes prêtes à se lancer dans le cyclo-cross, et même dans le cyclisme en général, en Belgique. « Nous dépensons beaucoup de temps, d’énergie et d’argent à la fédération [pour attirer les femmes], mais d’une manière ou d’une autre, cela ne marche pas, alors que les Néerlandaises continuent de dévoiler de nouvelles têtes. Des femmes comme Sanne Cant, Julien d’Hoore et maintenant Githa Michiels devraient motiver d’autres filles à se lancer… » 

Ces championnats d’Europe ont en tout cas le mérite de lancer le débat et de remettre les responsables de la fédération belge devant leurs responsabilités face à la montée en force des Néerlandais dans le cyclo-cross moderne. Ne compter que sur le talent de Wout van Aert, Sanne Cant ou Eli Iserbyt ne suffit plus, il faut désormais former, à tous les échelons, pour faire grandir l’ensemble d’une discipline. Et cela vaut tant en cyclo-cross que sur la piste ou sur la route. Il en va de l’avenir de la Belgique sur la carte cycliste mondiale.

Photo : capture Eurosport 

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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