Tour d’Espagne : Jelle Wallays se libère enfin de la frustration et s’offre son plus beau succès

Véritable bête à rouler de l’équipe Lotto-Soudal, le Roularien Jelle Wallays a dévoilé toutes ses qualités de rouleur sur la 18e étape du Tour d’Espagne pour prendre l’avantage sur le peloton et devancer son compagnon d’échappée Sven Erik Bystrøm (UAE Team Emirates) au sprint, sur un braquet monstrueux. Une victoire au millimètre qui le libère d’une longue période de frustration depuis deux saisons.

Entre les blessures à répétition (main lors de la campagne flandrienne en 2017, hanche lors de la dernière campagne des classiques) et les frustrations sur son état de forme, Jelle Wallays a longtemps semblé sur son dos le fardeau d’éternel espoir, pancarte qu’il arbore depuis sa victoire en force sur Paris-Tours en 2014. Depuis son passage chez Lotto-Soudal, le solide rouleur flandrien montrait son dossard pour pousser ses leaders au plus proche de la ligne, mais rarement le coureur est apparu jouer les premiers rôles, si ce n’est sur l’une ou l’autre semi-classique belge. Comme lors de sa victoire sur le Grand Prix Cerami en 2016. Wallays allait-il finalement poursuivre sa carrière dans l’ombre, loin des podiums, en gregario des classiques ? Le coureur belge semblait clairement en vouloir plus mais manquait de chance pour le montrer. En début d’année, Wallays prouvait qu’un poil de réussite pouvait le mener aux avant-postes, sur la 6e étape du Tour de San Juan qu’il remportait en finisseur, après une attaque dans le dernier kilomètre. Huit mois plus tard, le coureur de 29 ans a presque réussi le même coup sur le Tour d’Espagne.

Sur cette 18e étape qui semblait destinée aux sprinters, le peloton a mal cerné le groupe de tête. Partis dès le premier kilomètre, Wallays, Sven Erik Bystrøm (UAE Team Emirates) et Jetse Bol (Burgos-BH) parvenaient à garder plus de trente secondes d’avance à sept kilomètres de l’arrivée, moment que le Belge choisissait pour attaquer avec Bystrøm. Les deux hommes tenaient bon face à un peloton désorganisé et dans le dernier kilomètre, Wallays restait bien dans la roue de son rival norvégien, sur le faux-plat montant vers l’arrivée, pour lancer son sprint aux 200 derniers mètres et ainsi remporter l’un des plus beaux succès de sa carrière, juste devant le peloton mené par le champion du monde Peter Sagan (Bora-Hansgrohe). Rien que ça. « J’avais coché cette étape ! J’avais l’ambition de gagner sur cette Vuelta et j’avais quatre étapes en tête, celle-ci était l’une d’elle », confirmait le sociétaire de Lotto-Soudal à l’arrivée. « Ce n’était pas facile de prendre l’échappée au départ. Je n’avais pas de super jambes, mais je suis un diesel et plus nous amassions les kilomètres, mieux je me sentais. Je n’avais pas l’impression d’être non plus le plus fort de l’échappée, mais je sais que je peux finir fort après une longue journée dans l’échappée, ce que j’ai encore prouvé aujourd’hui. Le vent était aussi à notre avantage, donc nous avons pu rouler à une sacrée vitesse. Hier, aussi, j’avais changé mon plateau pour rouler plus vite sur cette étape. Je pense que dans les 15 derniers kilomètres, on a maintenu une vitesse moyenne de 50 km/h ».

Wallays a ainsi confirmé sa réputation. Le rouleur flandrien peut faire mal pour ses leaders, mais il peut également s’imposer en coureur puissant. Avec un peu de réussite. Et à l’arrivée, il offre une victoire d’étape salvatrice à une équipe Lotto-Soudal qui a souvent manqué de peu le succès sur cette Vuelta. Et en prime, la formation belge peut rêver du classement de la montagne pour Thomas De Gendt, son insatiable attaquant. Wallays, lui, avait encore cet objectif de victoire, et comptait surtout prendre une belle revanche : « J’étais déjà en bonne forme en vue du Tour de France et dès que j’ai entendu que je n’étais pas dans la sélection, je me suis concentré sur la Vuelta, donc j’étais en parfaite condition au départ du Tour d’Espagne. (…) Après l’arrivée, j’avais l’impression que justice était faite, surtout après que le directeur sportif de Quick Step Rik Van Slycke m’a traité de quelques noms durant l’étape. C’est pourquoi j’ai eu une telle réaction.  Et puis, évidemment, cela fait du bien qu’ils ne soient pas parvenus à nous rattraper avant la ligne d’arrivée. Mais sans rancune à l’équipe bleue ».

Après l’étape, Jelle Wallays est en effet apparu en grande forme, criant à tout rompre sa joie. Il a également crié devant le bus de la Quick Step, confirmant son esprit de revanche à l’égard de l’équipe d’Elia Viviani, l’un des favoris sur l’étape du jour. Cette scène, diffusée par le compte du Tour d’Espagne sur YouTube, a en tout cas surpris le manager de l’équipe Quick Step Patrick Lefevere qui se demande sur Twitter : « Un peu trop de caféine ? ». Alors que le coureur de la formation Quick Step Iljo Keisse a lui rétorquer : « Bravo Jelle Wallays, super fort, et une victoire bien méritée. La réaction après la course était moins classe mais bon, je ne sais pas ce qu’il s’est passé avant. Par ailleurs, les perdants ont gagné aujourd’hui en Slovaquie ». Ambiance, ambiance entre les deux équipes belges.

Résultats de la 18e étape du Tour d’Espagne (Ejea de los Caballeros > Lleida, 186.1 km) :

Photo : Unipublic/Luis Angel Gomez/Gomez Sport

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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