Tour d’Espagne : Yates face aux Colombiens, l’acte 2 sourit au Britannique

Malgré des offensives à la pelle et trois montées finales qui ont éreinté les favoris, le classement général du Tour d’Espagne n’a quasiment pas changé comparé à la dernière journée de repos : Simon Yates (Mitchelton-Scott) est toujours en rouge et se permet même de récupérer une demi-minute d’avance sur Alejandro Valverde, Nairo Quintana (Movistar) et Miguel Angel Lopez (Astana). Malgré tout, le spectateur ne s’est jamais ennuyé et découvre que cette Vuelta est le Grand Tour le plus indécis de cette saison.

La gestion, Yates connaît

S’il a perdu le maillot rouge suite à la sortie de Jesús Herrada (Cofidis) sur la 12e étape du Tour d’Espagne, le Britannique Simon Yates (Mitchelton-Scott) a rarement manqué le bon train sur les trois étapes de haute montagne programmées en cette fin de deuxième semaine de course. Vers La Camperona, le coureur de Bury a perdu quelques secondes sur le Colombien Nairo Quintana (Movistar) avant de réaliser la bonne opération du week-end, le lendemain sur l’Alto Les Praeres. Sur la pente sans bitume de ce col asturien, Yates a patiemment attendu dans les roues de Quintana ou Miguel Angel Lopez (Astana) avant de lancer l’offensive décisive à 600 mètres du but. C’est sur cette attaque sèche, profitant de la mésentente entre Colombiens, que le Britannique est allé récupérer le maillot rouge, en force. Dimanche, vers les Lacs de Covadonga, montée mythique de cette Vuelta, Yates était encore en poursuite, laissant le soin à Lopez et Quintana de se suivre l’un et l’autre avant de lancer ses propres offensives à trois kilomètres du sommet. Il a été surpris par Lopez à deux bornes du but, mais n’a finalement perdu que deux secondes sur le leader d’Astana, confirmant sa bonne condition durant cette deuxième semaine de compétition.

Jusqu’ici, Yates gère parfaitement sa situation de leader du Tour d’Espagne. Laissant le maillot rouge pour éviter la pression durant la semaine ou attendant l’offensive d’un adversaire pour répliquer plus fort quelques kilomètres plus loin. Contrairement au Tour d’Italie sur lequel il avait craqué dans la dernière semaine de course après avoir attaqué tant et plus, le Britannique semble cette fois plus prudent et gère mieux les situations qui se présentent à lui. Il n’est plus question pour Yates de dominer les étapes de montagne comme en Italie, au risque de brûler des cartouches. « On ne peut pas dire que je sois dominateur », explique-t-il après son succès à Les Praeres. « Les écarts restent faibles. Je suis content d’être toujours en rouge et d’avoir eu les jambes pour tenir les meilleurs sur cette ascension [des Lacs de Covadonga]. Mais il faut rester prudent », continue Yates à l’aube de la deuxième journée de repos de cette Vuelta. Le leader de Mitchelton-Scott avance avec confiance et peut clairement prétendre à une première victoire sur un Grand Tour s’il tient toujours la roue des Colombiens sur les étapes de haute montagne.

Lopez et Quintana font le forcing

Car ces coureurs colombiens vont clairement mener la vie dure à Simon Yates sur les routes espagnoles. Miguel Angel Lopez a ainsi été l’un des plus offensifs sur les trois dernières étapes de montagne. Il a placé tous ses équipiers en tête du peloton dès la mi-course pour le lancer en bonne position dans la montée des Lacs de Covadonga. C’est également « Superman » Lopez qui a bougé le premier sur ce col, et lâché Yates dans les dernières pentes, lui permettant de récupérer quelques secondes dans la lutte pour le maillot rouge. Derrière le leader d’Astana, Nairo Quintana s’est également montré à l’affût et a lancé quelques banderilles durant ces trois dernières étapes. Et avec Richard Carapaz et Alejandro Valverde pour l’épauler sur les hauts pourcentages, il semble avoir les meilleurs équipiers pour bouleverser le classement général. Valverde est d’ailleurs toujours deuxième devant Quintana, à moins de 30 secondes de Yates. Bref, les coureurs colombiens sont confiants, en grande forme et risquent de lancer de nouvelles attaques aux abords d’Andorre, d’ici ce week-end. Ils doivent ainsi se montrer tout aussi combatifs que ces derniers jours pour faire plier le maillot rouge.

Pinot s’impose et peut rêver

Déjà aux avant-postes dans les montées de La Camperona et de Les Praeres, Thibaut Pinot (Groupama-FDJ) a pris ses responsabilités à six kilomètres du sommet des Lacs de Covadonga pour remporter son premier succès d’étape sur la Vuelta. Le coureur de 28 ans a ainsi trouvé la victoire sur les trois Grands Tours, un objectif qu’il avait en tête depuis le début de sa carrière. « J’avais à cœur de gagner sur le Tour d’Espagne, je voulais gagner ici », confirme-t-il. Surtout, grâce à cette victoire, Pinot se replace dans le Top 10 au classement général à deux minutes du leader et peut envisager un avenir brillant en vue de Madrid. « Je ne m’interdis rien. Je suis encore loin au classement général pour le podium. Je vais essayer de courir comme j’en ai envie, je n’ai pas de pression », explique-t-il au micro de VéloPro. « Je vais me faire plaisir durant la troisième semaine et pourquoi pas essayer d’en regagner une ». Une victoire d’étape, cela semble clairement possible vu la condition affichée par le Français, mais il peut clairement viser une meilleure place au classement général vu comment Steven Kruijswijk, Alejandro Valverde et Enric Mas ont manqué à plusieurs reprises de lâcher prise sur les derniers cols de ce week-end. S’il a également le championnat du monde en vue, Pinot peut clairement se rapprocher d’une place sur le podium avec le contre-la-montre et les dernières étapes de montagne en vue.

Le chrono s’annonce décisif

Cette troisième semaine de course sur le Tour d’Espagne va évidemment bouleverser ce classement général. Dès mardi, les favoris vont devoir reprendre le boulot à vive allure sur le contre-la-montre de Torrelavega, sur un tracé vallonné de 32 kilomètres. Yates risque d’avoir l’avantage face aux grimpeurs colombiens, alors que des coureurs comme Pinot risquent de faire une remontée au classement général. Avant de lancer les hostilités sur les dernières étapes de montagne de cette Vuelta, via le Balcon de Bizkaia, une terrible montée à près de 10% de moyenne sur 7 kilomètres, ou encore les ascensions vers Naturlandia et de la Gallina, en principauté d’Andorre, la veille de l’arrivée madrilène. Les grimpeurs vont encore déguster durant cette semaine difficile, Yates a donc un sacré pari face à lui.

Résultats de la 15e étape du Tour d’Espagne (Ribera de Arriba > Lacs de Covadonga, 178.2 km) et classement général provisoire après la 15e étape :

Photos : Luis Angel Gomez/Gomez Sport/Unipublic-ASO

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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