Tour d’Espagne : Yates, Valverde et Quintana, vainqueurs d’une première semaine intense

Le Tour d’Espagne a pris une nouvelle tournure à l’occasion de la deuxième arrivée au sommet, prévue ce dimanche à La Covatilla. Sur ce col venteux à souhait, le surprenant Américain Ben King (Dimension Data) a signé son second succès d’étape, tandis que Simon Yates (Mitchelton-Scott) a pris pour une seconde le maillot rouge face à Alejandro Valverde (Movistar), l’indestructible Murcien. Pourtant, ce ne sont pas ces coureurs qui ont montré leur meilleur visage jusqu’ici, mais plutôt les grimpeurs colombiens, décidés à mettre le feu sur ces pentes espagnoles.

Alejandro Valverde, le plus complet

Sur cette première semaine de course, durant laquelle les étapes de moyenne montagne et pour sprinters-puncheurs se sont enchaînées, l’homme de la Vuelta se nomme Alejandro Valverde. Le vétéran de la Movistar a confirmé qu’il n’avait rien perdu de sa superbe malgré les années, et que cette saison 2018 était l’une des plus belles de sa longue carrière. Revenu en spécialiste de courses par étapes, le Murcien a profité des pourcentages proposés par l’organisation pour faire parler la poudre une nouvelle fois et se rapprocher petit à petit du maillot rouge de leader. Vainqueur en puncheur sur la 2e étape vers Caminito del Rey avant de se transformer en sprinter puissant sur la 8e étape au sommet d’Almadén, Valverde s’est permis de s’offrir le maillot vert du classement par points et le maillot blanc du combiné, représentant le coureur le plus constant dans tous les classements. Mais le rouge, il l’a manqué d’une seconde sur l’étape-reine de cette première semaine, conclue ce dimanche par l’Alto de la Covatilla, avec dix kilomètres dans le vent à plus de 7% de moyenne. Rien de bien difficile pour l’Espagnol mais face à des purs grimpeurs qui n’ont pas encore pu montrer toute l’étendue de leur talent, Valverde a coincé. Il a perdu une trentaine de secondes, suffisant pour perdre la tête de la course.

Pourtant, même s’il s’est comporté en leader autoritaire durant cette première semaine, avant de lâcher du lest sur cette dernière ascension, Alejandro Valverde affirme qu’il n’est qu’un équipier de luxe, pas concerné par le classement général. Du moins, pas en première ligne. « Nairo Quintana est le leader de l’équipe et il a démontré aujourd’hui qu’il était en forme. C’est le plus important », assure-t-il à Radio COPE, confirmant son envie de se battre pour son équipier colombien, également bien placé au classement général, en troisième position à 14 secondes du maillot rouge. Juste derrière… Valverde justement. Bref, l’équipe Movistar, avec ses deux patrons, confirme qu’elle est bien la formation à battre sur cette Vuelta. Elle affichait avec l’équipe LottoNL-Jumbo de George Bennett et Steven Kruijswijk, le plus grand nombre de représentants dans l’ultime col de cette 9e étape, les hommes en bleus risquent encore d’être aussi nombreux lors des prochaines journées en altitude.

Simon Yates aime toujours l’offensive

Pendant que Ben King savourait sa deuxième victoire de la semaine, Simon Yates (Mitchelton-Scott) s’arrachait sur la ligne d’arrivée pour devancer de 15 secondes Alejandro Valverde et ainsi prendre le maillot rouge de leader cédé par Rudy Molard (Groupama-FDJ), trop court sur cette montée. Yates, pourtant, ne s’attendait pas à récupérer aussi vite la tête du classement général, comme sur le Tour d’Italie, en mai dernier, durant lequel il avait arboré le maillot rose durant près de deux semaines. « C’est inattendu pour moi d’avoir le maillot rouge. Je voulais juste suivre les meilleurs grimpeurs, et j’étais un peu derrière à quelques secondes, donc c’est un peu une surprise, mais je suis heureux », avoue-t-il. « Avoir le maillot de leader devient un peu familier pour moi, mais comme je l’ai dit, cela ne faisait pas partie du plan. Il va falloir qu’on en discute avec l’équipe pour savoir comment mener cette course avec ce maillot sur les épaules ». Yates a pourtant bien été à l’offensive dans ce final, suivant les attaques de Quintana et Kelderman dans les deux derniers kilomètres, avant de lâcher prise dans la toute dernière portion difficile.

Comme au Giro, Simon Yates ne veut pas faire de plan sur la comète, et souhaite surtout rester prudent quant à la suite de ce Tour d’Espagne. « Il est difficile de dire ce que j’ai appris du Tour d’Italie parce que je ne sais toujours pas pourquoi j’ai craqué et si je le savais, j’aurais appris une leçon importante. Mais on ne sait toujours pas et cela me va car chaque course est différente », répond le Britannique, cette fois accompagné de son frère Adam pour l’aider à se propulser jusque Madrid avec ce maillot rouge. Mais attention, car Yates n’est pas apparu comme le meilleur grimpeur sur cette deuxième arrivée en altitude, et il n’a encore que quelques secondes d’avance par rapport à ses rivaux. Il faudra se montrer encore offensif à l’avenir pour garder cette tunique rouge à l’avenir.

Les Colombiens font la loi

Devant Yates, ce sont surtout les grimpeurs colombiens qui ont affiché la meilleure santé ce dimanche. Dans les dernières pentes de l’Alto de la Covatilla, c’est d’abord Miguel Angel Lopez (Astana) qui a lancé les hostilités avant de voir Nairo Quintana (Movistar) lui prendre la roue, avec Rigoberto Uran (EF Education First-Drapac) à ses basques. C’est encore Lopez et Quintana qui sautaient sur Wilco Kelderman (Sunweb) lorsque ce dernier lâchait le reste des grimpeurs dans le dernier kilomètre. Avec ce résultat, les spécialistes d’Amérique du Sud trustent également les places d’honneur au classement général : Quintana pointe à 14 secondes de Yates, en troisième place, alors que Miguel Angel Lopez est actuellement septième à seulement 27 secondes du Britannique, et Rigoberto Uran est derrière, en 8e place, à 32 secondes du leader. Sur les pentes abruptes de cette Vuelta, ils apparaissent comme les meilleurs grimpeurs pour lancer une offensive.

Nairo Quintana - Movistar Team Peloton - 8e étape Tour d'Espagne 2018

Les Sky peuvent oublier le rouge

Les grands perdants de cette journée sont bien les coureurs de la formation Sky. Bien placé au classement général, David De La Cruz (Sky) a perdu plus de 50 secondes sur cette ascension qui semblait pourtant convenir à ses qualités. Le coureur espagnol, annoncé comme co-leader de l’équipe britannique, se retrouve désormais à plus d’une minute et demie de Yates, et doit songer à une autre tactique s’il souhaite se rapprocher du maillot rouge. Alors que l’ancien leader, Michal Kwiatkowski, paye lui ses efforts sur le Tour de France et le Tour de Pologne cet été : le Polonais, qui avait déjà perdu près d’une demi-minute sur une chute sur la 7e étape, est désormais à plus de deux minutes de la première marche du podium. Il a rapidement craqué, alors que les meilleurs grimpeurs du jour étaient encore groupés. L’équipe Groupama-FDJ a également beaucoup perdu durant cette journée en montagne : Rudy Molard a perdu près de quatre minutes malgré le beau travail de ses équipiers, alors que Thibaut Pinot, qui avait déjà cédé une minute et demie dans une bordure sur la 6e étape, a encore perdu 25 secondes sur les Colombiens et Yates. Le grimpeur vosgien pointe désormais à plus de 2:30 du leader. La deuxième semaine de course s’annonce décisive pour le leader français.

Résultats de la 9e étape de la 74e édition du Tour d’Espagne (Talavera de la Reina > La Covatilla, 200.8 km) et classement général provisoire :

Photos : Luis Angel Gomez/Gomez Photo/Unipublic/ASO

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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