Vingt ans après, Axel Merckx revient sur son premier Tour de France : « Une page du vélo qu’il faut lire, ne pas déchirer »

Axel Merckx n’oubliera jamais son premier Tour, « complètement surréaliste », en 1998. Il avait alors terminé à une inattendue dixième place à Paris.

« J’y étais, ça je peux l’affirmer à qui veut l’entendre, mais mes filles s’en fichent un peu… » Axel Merckx préfère rire de ce Tour 1998 qui ne ressemble à aucun autre, ce qui est somme toute heureux et souhaitable. Au départ de Dublin, il avait 26 ans, avait certes déjà disputé deux éditions de la Vuelta et un Giro mais se confrontait pour la première fois aux incomparables réalités de la Grande Boucle. « Incomparables, c’est le mot », sourit-il vingt ans plus tard, alors que les images d’un improbable scénario défilent dans ses yeux clairs. « Je livrais ma deuxième saison sous le maillot de l’équipe Polti, nous abordions le Tour avec Luc Leblanc pour leader absolu et Fabrizio Guidi pour les étapes de sprinters. Mon rôle ? Profiter des quelques journées pour baroudeurs et surtout, accompagner « Lucho » le plus longtemps possible dans la montagne. Personnellement, j’avais à cœur de réussir une bonne performance d’ensemble car mon début de saison ‘98 n’avait pas été de la meilleure veine… »

Mais Axel Merckx, plutôt que d’être acteur d’un scénario haletant, allait bien vite devenir « spectateur d’un mauvais film. En Irlande, on ne mesurait pas trop ce qui se passait, on savait juste que Willy Voet venait d’être arrêté à la frontière belgo-française. Dans les heures qui ont suivi, l’hôtel a été encerclé par la police, c’était surréaliste. En jetant un œil par la fenêtre, on voyait des agents un peu partout. »

Comme des dizaines d’autres coureurs, Axel Merckx allait assister à l’emballement judiciaire et médiatique d’un scandale qui le laissera incrédule. « Après l’équipe Festina, c’est TVM qui a quitté le Tour, puis les Espagnols (Once, Banesto,  Kelme, Vitalicio Seguros…) Chaque jour que Dieu faisait apportait son lot de surprises, plus désagréables les unes que les autres. À la suite de l’équipe Once, Luc Leblanc a refusé de repartir, en solidarité avec Laurent Jalabert. Notre manager, Luigi Stanga, était furax mais c’était une décision personnelle… Nous, nous ne souhaitions qu’une seule chose : rallier Paris, en finir au plus vite et rentrer chez nous pour nous vider la tête, penser à autre chose… »

Pas de politique de l’autruche

Au fil de cette Grande Boucle complètement tronquée, dont on se demande aujourd’hui encore si elle faillit ne pas être la dernière sans la gestion de crise de Jean-Marie Leblanc,  le fiston d’Eddy allait aligner quelques performances de choix. Une 5e place au sommet d’Albertville (derrière Ullrich, Pantani, Julich et Escartin), une 9e lors du chrono final au Creusot (également remporté par Ullrich), un 10e rang final à Paris, ce qui restera le meilleur de ses classements au Tour, en neuf participations. Mais quelle valeur réelle revêtent ces résultats ? « Très sincèrement, j’ai par la suite réussi de meilleurs Tours que celui-là, bien plus aboutis. C’était mon premier, dans un contexte complètement dingue… Si on jette un œil sur les noms qui ont quitté la Grande Boucle en cours de route, sans doute aurais-je terminé dans le top 20 en conditions, disons, plus normales. Soit une place dans la moyenne de ce que j’ai réussi ensuite. »

Avec le recul, l’ancien champion de Belgique est convaincu que le cyclisme devait traverser cette tempête, pour que le ciel se dégage ensuite. « À l’époque, on sentait que le peloton filait un mauvais coton, c’était sans cesse les meilleurs qui dominaient, il était quasi impossible de vouloir les suivre sans risquer de se f… en l’air. Doux euphémisme, l’affaire Festina n’est pas un grand moment du vélo mais c’est un tournant. Cela correspond à un début de prise de conscience du cyclisme dans son ensemble, notre sport s’est rendu compte qu’il devait s’ouvrir, avec les risques que cela comportait, plutôt que se refermer sur lui-même. On s’est tous pris en charge, les contrôles inopinés, le passeport biologique,… sont des innovations qui découlent de cela. Il fallait réagir, le cyclisme l’a admis, sans se cacher la tête dans le sable, contrairement à d’autres disciplines. Aujourd’hui, je me dis que notre génération a le mérite d’avoir fait changer les choses. C’est une page noire, mais il faut la lire, ne surtout pas la déchirer. Car elle garde toute son utilité… »

Par Eric Clovio – Photo : Axeon Hagens Berman

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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