Thomas Degand (Wanty-Groupe Gobert) : « Un Tour, ça booste le moteur »

Le Hennuyer Thomas Degand (Wanty-Groupe Gobert) est l’aide de camp de Guillaume Martin sur le Tour de France est aspire surtout à jeter un œil plus positif sur son métier à l’occasion de son deuxième Tour en deux ans.

Par sa fidélité, son humilité, son exigence dans l’effort, il résume à lui seul l’esprit qui enveloppe le projet sportif Wanty-Groupe Gobert depuis de longues années. À l’exception d’une saison en WorldTour (2015), sous le maillot de la défunte équipe suisse IAM, Thomas Degand a toujours évolué dans la sphère dessinée et façonnée par Jean-François Bourlart. Le grimpeur originaire de Lessines a grandi, s’est affermi et s’est découvert de nouvelles limites au même rythme que son équipe de (presque) toujours.

À 32 ans, désormais aide de camp fiable du leader Guillaume Martin, le Hennuyer traverse son deuxième Tour de France animé d’un « mental plus positif ». Moins tourmenté, malgré le stress inhérent au plus grand événement cycliste de la planète. Entretien.

Thomas, vous avez terminé 34e de votre premier Tour, en 2017. En termes de confiance, de connaissance de vous, de plaisir de faire votre métier peut-être, qu’est-ce que cette découverte vous a apporté ?

« Un peu de fierté tout d’abord, car le Tour reste la plus prestigieuse épreuve du monde. Par son degré de difficulté, les attentes qu’elle génère, la pression médiatique qu’elle crée… Mentalement, je fais face à tout cela avec plus de calme, parce que je sais désormais à quoi m’attendre. Dans l’absolu, réussir à boucler un premier Tour de France m’a aussi permis de jeter un œil plus optimiste, positif sur mon métier, alors que j’ai habituellement tendance à être très exigeant envers moi-même. »

Et physiquement, vous avez senti la différence ?

« Disons que cela ne m’a certainement pas fait de tort (il sourit). J’ai toujours mal aux jambes après une course, les changements ne s’obtiennent pas en un coup de clic, forcément, mais trois semaines d’efforts très soutenus ont permis de booster le moteur. Lors des stages, des reconnaissances en montagne, d’épreuves de quatre à huit jours comme le Tour du Limousin ou le Dauphiné, je me suis globalement senti moins éprouvé. »

Contrairement à la saison dernière, vous avez pris la route du Tour 2018 sans victoire préalable. Cela change la donne ?

« Oui et non. Oui, parce que le succès procure toujours une sensation unique. Et non, parce que je suis en quelque sorte devenu un capitaine d’équipe, au service d’un leader ambitieux, Guillaume Martin. J’ai la volonté de me battre à 100% pour lui, à ses côtés. Un rôle dans lequel je m’épanouis pleinement. »

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Collectivement, comment gérez-vous cette Grande Boucle ?

« Nous avons fini sixièmes du classement inter-équipes du dernier Dauphiné, ce qui illustrait nos progrès d’ensemble. Mais le Tour, c’est encore une tout autre dimension… Jusqu’ici, nous sommes encore au complet. Nous nous montrons offensifs, actifs dans les bonnes échappées, notamment avec Yoann Offredo en tout début de Tour ou avec un Andrea Pasqualon qui marche fort depuis le printemps (NDLR : l’Italien a remporté le GP de Plumelec puis deux étapes et le classement final du Tour du Luxembourg). Personnellement, j’ai aussi pris beaucoup de plaisir à me glisser dans les coups, sur la route de Mende (belle 16e place à la clé) ou, un peu plus tôt, dans l’étape du Grand-Bornand. Mais mon rôle premier est d’aider Guillaume Martin dans les étapes montagneuses. Il nous reste à gérer les Pyrénées… »

On sent le groupe encore mieux préparé qu’en 2017…

« C’est une certitude ! Et à la fois, une absolue nécessité car à huit au départ (NDLR : Wanty-Groupe Gobert espère rallier Paris au complet, pour la deuxième année consécutive), il n’est pas évident de garder une forme d’homogénéité. Être présent dans les échappées (Offredo, Pasqualon), jouer sa chance lors des sprints (Dupont), protéger Guillaume Martin,… le boulot diversifié ne manque pas. Mais on a tout fait, en amont, pour baliser notre route. Stage en altitude, reconnaissances des principaux cols alpins et pyrénéens mais aussi des secteurs pavés, travail spécifique avec nos nouveaux vélos de chrono,… on a bossé comme les équipes de pointe. »

Un dernier mot sur la présence de Chris Froome. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

« Les instances ont enfin pris une décision et nous, coureurs, devons la respecter, point barre. Il est juste dommage, et dommageable pour le cyclisme, que cela ait pris autant de temps… L’an dernier, Sagan avait été exclu du Tour une bonne heure après le sprint de Vittel. Ce n’était peut-être pas une décision correcte mais au moins, personne n’avait tergiversé. Le temps du sport et celui de la justice sont très différents mais doivent se rapprocher, pour le bien de notre discipline. »

Propos recueillis par Eric Clovio – Photo : ASO/Alex Broadway

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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