La bataille des favoris du Tour de France : retour à la case départ avant les Alpes

Certains observateurs et même favoris du classement général s’attendaient à une lutte pour le maillot jaune chamboulée suite au chaos des pavés et de la poussière vers Roubaix. Et au fil des crevaisons et des chutes, la situation semble finalement… revenue à la normale. Alors que Richie Porte (abandon sur chute) et Rigoberto Uran (chute et plus d’une minute de retard) oublient le maillot jaune, Chris Froome et les autres coureurs de la Movistar ont tenu le bon rythme en tête de la course, leur permettant ainsi de limiter les écarts à l’aube des Alpes. Retour sur cette première semaine, et surtout cette étape des pavés qui a failli tout changer.

Froome et Valverde impressionnent

Sur ces chemins de campagne, bien différents des pentes alpestres ou pyrénéennes, les purs grimpeurs étaient logiquement attendus sur cette courte étape de 156 kilomètres, dont près de 22 sur les pavés. Comment les frêles coureurs du classement général allaient-ils tenir la distance sur ces routes cabossées peu adaptées à leur morphologie ? Le tenant du titre Chris Froome (Sky) a montré que ce ne sont pas ces quelques pavés qui peuvent bouleverser ses prétentions. Même une chute dans le secteur de Mons-en-Pévèle, à 46 kilomètres de l’arrivée, ne faisait pas flancher le Britannique, qui repartait directement après cette embardée dans la pelouse. Bien protégé par Luke Rowe, Michal Kwiatkowski et Geraint Thomas, le grimpeur venu du Kenya s’est même permis de tenter une offensive dans les 10 derniers kilomètres de cette étape, pendant que Romain Bardet concédait une nouvelle crevaison (lire ci-dessous). Froome n’a donc rien perdu et a surtout montré qu’il était en grande condition, malgré ses quelques secondes perdues au sommet de Mûr-de-Bretagne, trois jours plus tôt. Il se permet même de revenir dans le Top 10 du classement général, à une dizaine de secondes de son rival le mieux classé.

Ce rival, c’est Alejandro Valverde (Movistar). Déjà à l’aise sur les pavés, comme il l’avait montré en début de saison sur À Travers la Flandre notamment, le Murcien n’a jamais quitté les premières positions à l’avant du peloton et a également tenté l’une ou l’autre offensive quand le peloton se voulait trop calme. Il a finalement été aussi solide que sur l’ensemble de cette première semaine de compétition : souvent aux avant-postes, sans trop se montrer, et au final, Valverde est l’un des grands favoris les mieux classés, à 1:31 du maillot jaune, et une cinquantaine de secondes de Bob Jungels (Quick Step) et Geraint Thomas (Sky), outsiders à surveiller sur les premières étapes de montagne.

Nibali et Quintana se sont bien cachés

Comme depuis Noirmoutier, Vincenzo Nibali (Bahrain-Merida) a joué la carte de la discrétion, tant qu’il le pouvait. Le coureur italien n’a jamais pointé le bout de son nez en tête, restant dans la roue de ses rivaux pour finalement se placer idéalement dans le Top 10 du classement général. Certes, l’ancien champion d’Italie était apparu lâché après le premier secteur pavé de cette étape dantesque, mais rapidement, Nibali répondait présent dans le groupe du maillot jaune à l’approche de la mi-course. Légèrement décroché, à 1:48 de Greg Van Avermaet, le grimpeur sicilien peut clairement encore jouer le maillot jaune dans de telles conditions.

Derrière, après une perte sèche sur la première étape en raison d’une chute, Nairo Quintana (Movistar) a plutôt décidé de ne pas trop se montrer. Toujours bien entouré, le Colombien n’a plus perdu la moindre seconde depuis le contre-la-montre par équipes, et est une nouvelle fois resté bien concentré sur les pavés, parmi les premières positions, afin de ne manquer le bon wagon des favoris sur ces routes. Quintana est certes classé à près de trois minutes du maillot jaune, mais il n’a plus fait de faute depuis ce début de Tour de France en grande difficulté. Comme Tom Dumoulin (Sunweb), bien en vue quand il ne connaît pas de problème mécanique, Jakob Fuglsang (Astana) ou Adam Yates (Mitchelton-Scott), classés au général dans le même temps que Froome.

Bardet et Landa ont eu chaud

Bon nombre de favoris ont été malchanceux durant cette journée dans le Nord, mais parmi ceux-ci, Romain Bardet (Ag2r-La Mondiale) est certainement celui qui va chercher sa patte de lapin avant les Alpes. Victime de trois crevaisons en moins de cent kilomètres, le grimpeur français a chaque fois pu compter sur des équipiers totalement impliqués pour le remonter dans le premier peloton. « J’ai eu aujourd’hui sept gars qui ont tout donné pour moi. Oliver (Naesen) aurait pu gagner aujourd’hui, mais il a roulé comme une bête pour moi. J’avais moi-même des bonnes sensations, mais j’ai souvent déchanté. Si mon Tour de France n’est pas terminé ce soir, c’est grâce à mes équipiers », estime Bardet, qui n’a finalement perdu « que » sept secondes au terme de cette étape folle. Le leader d’Ag2r-La Mondiale pourra offrir une deuxième ration de bières à Oliver Naesen à l’arrivée à Paris vu le boulot abattu ce dimanche…

Même tarif pour Mikel Landa, qui a chuté… tout seul ! Alors qu’il se ravitaillait, le grimpeur basque a perdu le contrôle de son guidon et a chuté lourdement. Malgré une belle frayeur à une quarantaine de kilomètres de l’arrivée, le coureur de la Movistar a finalement pu compter sur des coéquipiers bien en place pour le replacer non loin du premier peloton sur la ligne d’arrivée. « Mon épaule droite me fait mal, mais j’espère que ce n’est que de la tôle… Je suis content, car nous avons sauvé une situation très compliquée. Mes équipiers méritent un 10 », confie ainsi le grimpeur espagnol qui reste ainsi dans le Top 10 au classement général, dans le même temps qu’un certain Chris Froome, qui lui a connu une chute moins douloureuse sur ces routes du Nord.

Uran et Porte ont payé cher

Bien classé au classement général malgré une première semaine difficile, entre les chutes, le Colombien Rigoberto Uran (EF Education First-Drapac) a connu une journée encore plus compliquée vers Roubaix. Victime de deux embardées, le deuxième du Tour de France 2017 a cette fois dû compter sur l’ensemble de ses équipiers pour faire le bond. Mais isolé autour de l’équipe rose et blanche, Uran doit son retard important à deux changements de vélo trop longs. Désormais classé tout juste derrière Nairo Quintana dans la lutte pour le maillot jaune, le Colombien sait surtout qu’il a dû fournir un gros effort : « On verra comment je me sens dans les Alpes. Cela a été une journée très difficile pour notre équipe », estime-t-il.

La journée fut encore plus compliquée pour l’équipe BMC qui a connu après seulement dix kilomètres la chute de Richie Porte. Le leader de la formation américaine était au sol, en pleurs, se lamentant sur une clavicule qui avait subi le choc de cette lourde chute, en plein milieu du peloton. Alors que la course n’avait pas encore commencé entre les leaders, l’Australien doit dire pour la deuxième année consécutive adieu au peloton du Tour. Le sacrifice s’annonce compliqué à remettre sur la table pour le grimpeur de la BMC, qui pourrait toutefois reprendre les chemins de l’entraînement en vue de la Vuelta si une simple fracture de la clavicule se confirme. Son équipier Tejay van Garderen a également connu la guigne avec une mauvaise chute à une quarantaine de kilomètres de l’arrivée et plus de cinq minutes de retard dans la vue. Le cyclisme peut s’avérer bien cruel. Encore plus sur le Tour de France.

Classement général provisoire du Tour de France après la 9e étape :

Grégory Ienco, à Roubaix – Photo : ASO/Pauline Ballet

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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