Les favoris et le règlement du Tour de France 2018 en revue : Froome, Quintana, Sagan et les autres

La 105e édition du Tour de France s’ouvre ce samedi à Noirmoutier pour trois semaines d’une course difficile entre la Bretagne, les pavés, les Alpes et les Pyrénées. Et les favoris au maillot jaune s’annoncent particulièrement nombreux sur les routes françaises, derrière un Chris Froome (Sky) tiré à quatre épingles. De même pour le classement des maillots vert, à pois ou blanc. À l’aube du départ en Vendée, il est temps de faire le point sur les leaders qui risquent de mener la course ces trois prochaines semaines, tant dans la plaine qu’en montagne.

Lire aussi : Notre présentation complète du parcours, étape par étape

Pour le maillot jaune

Christopher Froome (Team Sky)

Au bout de neuf mois d’incertitude, la sentence est finalement tombée à cinq jours du départ du Tour de France : Chris Froome pourra bien participer à la 105e édition de la Grande Boucle. Le Britannique ne part toutefois pas avec les faveurs des pronostics. Certes, le leader de la Team Sky a poursuivi ses entraînements sans trop prêter attention à la justice sportive qui tentait de rendre ses conclusions sur l’affaire du Salbutamol. Mais ces dernières semaines n’ont pas été des plus tranquilles pour le Britannique qui a dû faire face aux réticences d’ASO, organisateur de l’épreuve, prêt à l’interdire de départ pour « atteinte à l’image ». Ce n’est que grâce à la précipitation de l’Union Cycliste Internationale (UCI), décidée à rendre son verdict avant le Tour, que Froome pourra finalement être en Vendée ce week-end. Sur une course qui ne voulait pas de lui. Qu’importe, le quadruple vainqueur du Tour en a déjà vu… Mais physiquement, sera-t-il vraiment à son meilleur niveau ? Le Britannique a en effet pris un risque en s’alignant sur le Tour d’Italie, qu’il a remporté brillamment en mai. Cinq semaines plus tard, sans aucune autre course au compteur, Froome espère avoir préparé au mieux un deuxième pic de forme pour le mois de juillet afin d’enchaîner un cinquième sacre. Il aura en tout cas une équipe exceptionnelle à ses côtés, avec notamment Wout Poels, son habituel lieutenant, Geraint Thomas, la doublure, ou encore Egan Bernal, la jeune pousse prête à en découdre sur son premier Grand Tour (lire ci-dessous). La Sky a clairement les atouts pour jaunir une nouvelle fois Froome. Il reste désormais au principal favori à confirmer.

Nairo Quintana (Movistar Team)

Serait-ce l’année ou jamais pour le Colombien ? Quintana n’a en tout cas jamais eu droit à de tels équipiers pour l’accompagner dans son combat pour le maillot jaune. Avec Alejandro Valverde, qui lui a certainement manqué l’an dernier après sa grave chute sur le prologue de Düsseldorf, et désormais Mikel Landa, l’ancienne doublure de la Sky décidée à prendre son indépendance… derrière Quintana, l’habituel dauphin de Chris Froome peut enfin franchir un palier et mettre fin au règne du Britannique. Il ne s’est d’ailleurs préparé que pour cet objectif, évitant un nombre trop élevé de jours de course. Quintana préfère s’isoler en Colombie, sans que l’on sache bien ce qu’il y fait, pour préparer cette Grande Boucle. Il revient l’une ou l’autre semaine, pour notamment gagner une étape du Tour de Suisse et rappeler qu’il reste un favori en vue de la grande épreuve du mois de juillet. Sinon, Quintana resterait bien discret jusqu’au bout, profitant des offensives de ses équipiers pour bousculer l’armada Sky. Il s’agira certainement de la stratégie envisagée par la Movistar qui a clairement les moyens de faire mal à son rival britannique si elle prend les devants en attaquant, en contrant, en accélérant. Sinon, le maillot jaune peut vite être oublié.

Vincenzo Nibali (Bahrain-Merida)

Il s’agit de la grande énigme de l’été. S’il a ébloui tous les fans de la Petite reine par sa victoire en solitaire dans le final de Milan-Sanremo, Vincenzo Nibali reste particulièrement discret depuis lors. Si ce n’est une prestation intéressante sur le Tour des Flandres, l’Italien a depuis lors joué les Top 50 sans s’afficher aux premières loges. Notamment sur le Critérium du Dauphiné, épreuve de préparation idéale en vue de la Grande Boucle. Nibali n’a jamais pointé le bout de son nez à l’avant et a terminé à une anonyme 24e place. Pour mieux rebondir en juillet ? Le Sicilien a en tout cas le parcours pour lui. Comme en 2014, année de sa victoire sur la Grande Boucle, Nibali retrouvera des pavés, des étapes de montagne au profil qui favorise les offensives et peu de contre-la-montre. Et il bénéficie en outre d’une équipe parfaitement taillée pour le protéger sur ces routes, avec notamment Domenico Pozzovivo, les frères Izagirre ou encore Franco Pellizotti. Il reste désormais au coureur italien à confirmer que ce début de saison était juste la préparation d’un plus grand succès en juillet.

Ce que dit le règlement :
Le maillot jaune est décerné au coureur le plus rapide au classement général établi par l’addition des temps réalisés dans les 21 étapes. Des bonifications et des pénalités peuvent toutefois être délivrées au fil des étapes.
– Lors des étapes en ligne : des bonifications sont distribuées aux trois premiers classés à l’arrivée, soit 10 secondes au premier, 6 secondes au deuxième et 4 secondes au troisième.
– Lors des neuf premières étapes (sauf le contre-la-montre par équipes) : des bonifications sont également distribuées lors du sprint « bonus » proposé dans le final de chaque étape, soit 3 secondes pour le premier classé, 2 secondes pour le deuxième et 1 seconde pour le troisième.

Pour le maillot vert

Peter Sagan (Bora-Hansgrohe)

Le triple champion du monde a-t-il vraiment un rival pour la conquête du maillot vert, qu’il souhaite récupérer pour la sixième fois de sa carrière ? Après son exclusion l’an dernier suite à la chute de Mark Cavendish sur la 4e étape du Tour, Peter Sagan aura en tout cas l’envie de récupérer ce qu’il semblait en bonne voie de remporter en 2017. Le Slovaque sait parfaitement comment manœuvrer entre les étapes de plaine et de montagne pour engranger le maximum de points, il a une équipe Bora-Hansgrohequi l’accompagne au mieux dans les sprints et il peut lui-même jouer le rôle d’équipier de luxe pour les grimpeurs de la formation afin de faire coup double dans la montagne… Et en prime, il continue de gagner : il a remporté sa traditionnelle étape sur le Tour de Suisse, au terme d’un sprint de costauds, et a ensuite conquis le maillot de champion de Slovaquie au terme d’un solo de près de trois heures. Sagan est clairement au top pour ce nouveau rendez-vous estival et ses victoires sur Gand-Wevelgem et Paris-Roubaix l’ont déjà libéré. Il n’y a plus qu’à prendre du plaisir sur le vélo et profiter du vert.

Fernando Gaviria (Quick Step Floors)

Un rival pour Sagan ? On peut certainement citer ce jeune Colombien qui va découvrir pour la première fois le Tour de France en juillet après avoir quatre étapes du Tour d’Italie pour son premier Grand Tour, l’an dernier. Fernando Gaviria est un talent brut qui ne cesse d’impressionner au fil des années. À 23 ans, il a clairement les atouts pour déjà s’imposer sur le Tour de France, bien aidé par un collectif Quick Step qui enchaîne les succès et semble toujours travailler l’un pour l’autre. Avec Max Richeze, Yves Lampaert et Niki Terpstra, il aura droit à une belle fusée de lancement. Il reste toutefois un détail : s’il a déjà battu Sagan à deux reprises sur le Tour de Californie, Gaviria ne s’est toujours pas imposé sur le sol européen cette saison. Et ses qualités dans les collines sont encore à prouver. Certaines étapes au final escarpé pourraient donc le piéger. C’est sur ce point-là qu’il devra travailler à l’avenir pour espérer briller dans le classement du maillot vert sur le Tour de France.

Mark Cavendish (Team Dimension Data)

Certes, il ne sera pas l’un des grands candidats au maillot vert par rapport à Michael Matthews (Sunweb), vainqueur l’an dernier, Marcel Kittel (Katusha-Alpecin) ou encore Dylan Groenewegen (LottoNL-Jumbo). Mais Mark Cavendish reste l’un des vainqueurs les plus prolifiques du Tour de France et l’un des visages les plus connus. Mais cette saison, le Britannique semble enchaîner les malheurs. Victime de nombreuses chutes et d’une mononucléose qui l’ont écarté des routes durant de longs mois ces deux dernières années, le sprinter de l’île de Man espère au moins ramener une victoire d’étape de cette nouvelle visite dans l’Hexagone. À 33 ans, Cavendish (30 étapes) pourrait ainsi se rapprocher du record de victoires d’Eddy Merckx (34). Il comptera notamment sur Edvald Boasson Hagen et son habituel accolyte Mark Renshaw pour l’accompagner, avec l’espoir d’enfin briller sur la Grande Boucle, deux ans après son dernier quadruplé.

Ce que dit le règlement :
Le maillot vert est attribué au leader du classement par points, établi selon l’addition des points enregistrés dans les classements individuels de chaque étape. Des pénalités peuvent également être distribuées par le jury des commissaires. Les points sont distribués selon le barème suivant :
– Pour les étapes en ligne dites sans difficulté particulière (les étapes 1, 2 4, 7, 8, 13, 18 et 21) : 50-30-20-18-16-14-12-10-8-7-6-5-4-3-2 points pour les 15 premiers coureurs classés.
– Pour les étapes en ligne dites de parcours accidenté (les étapes 5, 6, 9, 14, 15 et 16) : 30-25-22-19-17-15-13-11-9-7- 6-5-4-3-2 points aux 15 premiers coureurs classés.
– Pour les étapes en ligne dites de grande difficulté (les étapes 10, 11, 12, 17 et 19) : 20-17-15-13-11-10-9-8-7-6-5-4-3-2-1 points aux 15 premiers coureurs classés.
– Pour l’étape en contre-la-montre individuel (l’étape 20) : 20-17-15-13-11-10-9-8-7-6-5-4-3-2-1 points aux 15 premiers coureurs classés.
– Pour chaque sprint intermédiaire, 20-17-15-13-11-10-9-87-6-5-4-3-2-1 points aux 15 premiers coureurs classés.
En cas d’ex æquo dans un classement d’étape, les coureurs classés sont crédités des points qui leur seraient attribués, divisés par le nombre de concurrents concernés. Les points ainsi obtenus sont arrondis au ½ point supérieur.

Pour le maillot à pois

Warren Barguil (Fortuneo-Samsic)

Cette année, l’équipe continentale pro Fortuneo-Samsic sera tournée vers un seul homme : Warren Barguil. Le Breton a été la sensation du dernier mercato, passant du WorldTour, chez Sunweb, à une modeste équipe française, destinée à devenir le bastion du cyclisme breton. Et jusqu’à présente, l’expérience n’est pas forcément des plus concluantes. Le grimpeur de 26 ans a tout de même obtenu des résultats corrects avec des Top 20 sur Paris-Nice, au Tour de Catalogne et au Critérium du Dauphiné, mais vu les ambitions affichées, il est difficile d’imaginer Barguil jouer les premiers rôles face aux cadors du classement général cet été. Il semble plutôt que le Français va jouer la carte du maillot à pois et des victoires d’étapes dans la montagne, des objectifs bien plus réalistes. L’équipe sera clairement présente pour protéger le meilleur grimpeur du dernier Tour, et l’encadrement a été jusqu’à changer les vélos à deux semaines du départ en Vendée car le leader n’était pas content des cadres de chez Look. Visiblement, ceux de BH ont satisfait la formation : Barguil a terminé 7e du dernier championnat de France après avoir affiché un bel esprit offensif. L’optimisme reste donc de mise chez les Bretons !

Julian Alaphilippe (Quick Step Floors)

Il est l’un des coureurs les plus complets du peloton et risque de jouer la carte de l’offensive dès que les pourcentages s’afficheront sur les compteurs. Julian Alaphilippe est le profil-type de l’attaquant qui peut tout rafler. Et dans la quête du maillot à pois, il sera un candidat à suivre vu l’équipe Quick Step qui se présentera sur le Tour de France. La formation belge n’a en effet pas de leader désigné pour le classement général (si ce n’est Bob Jungels mais il lui sera difficile d’atteindre le Top 5) et elle peut donc laisser plus de libertés à ses coureurs, hors des étapes de plaine désignées pour Fernando Gaviria. Alaphilippe est capable de briller tant sur les monts bretons vers Quimper ou Mûr-de-Bretagne que dans les Alpes et les Pyrénées, au terme d’une échappée au long cours. Désormais plus constant et moins impulsif sur le vélo, le Français semble mûr pour remporter une première victoire sur le Tour de France et enchaîner avec un maillot à pois.

Tom Dumoulin (Team Sunweb)

Certes, le Limbourgeois a terminé deuxième du Tour d’Italie et n’a désormais quasiment plus de pression sur les épaules vu sa réussite sur les Grands Tours depuis trois saisons. Mais Tom Dumoulin va devoir prouver sur ce Tour de France qu’il est capable d’enchaîner aussi rapidement deux courses de trois semaines, en visant les sommets à chaque fois. Le Néerlandais n’est pas un pur grimpeur et doit surtout éviter les à-coups. Difficile, du coup, de l’imaginer briller parmi la troupe qui s’annonce sur les cols pour la course au maillot jaune. Dumoulin pourrait plutôt se lancer dans une course aux étapes et au maillot à pois, des objectifs qui semblent moins compliqués à atteindre quand on a déjà un Grand Tour aussi rude que le Giro dans les cuisses. Le leader de la Sunweb, qui n’a plus Wilco Kelderman pour jouer le général en raison d’une mauvaise chute, a déjà gagné sur l’Angliru, sous la grêle, il peut bien surprendre ses adversaires sur des pentes mythiques comme l’Alpe d’Huez ou l’Aubisque.

Ce que dit le règlement :
Le maillot blanc à pois rouges est attribué au leader du classement du meilleur grimpeur, établi par l’addition des points obtenus sur l’ensemble des cols ou côtes, selon les barèmes suivants :
– cols ou montées hors catégorie : 20-15-12-10-8-6-4-2 points respectivement du 1er au 8e coureur classé.
– cols ou montées de 1re catégorie : 10-8-6-4-2-1 points respectivement du 1er au 6e coureur classé.
– cols ou montées ou côtes de 2e catégorie : 5-3-2-1 points respectivement du 1er au 4e coureur classé.
– cols ou côtes de 3e catégorie : 2-1 points, respectivement aux 2 premiers coureurs classés.
– cols ou côtes de 4e catégorie : 1 point au 1er coureur classé.
Les points attribués seront doublés au passage au sommet du dernier col de chacune des étapes des Pyrénées, à savoir les cols du Portillon, du Portet et d’Aubisque.

Pour le maillot blanc

Egan Bernal (Team Sky)

La pépite colombienne de la Sky va découvrir en juillet son premier Grand Tour, et quel tour. Révélé l’an dernier chez Androni Giocattoli, au sein de laquelle il a remporté le Sibiu Tour et le Tour de l’Avenir, Egan Bernal a continué sa progression au sein de la Sky avec des succès sur le championnat de Colombie du contre-la-montre, la Colombia Oro y Paz, le Tour de Californie, sans oublier une deuxième place sur le Tour de Romandie. Depuis lors, le jeune coureur de 21 ans s’est planqué en Colombie et à Teide pour parfaire sa préparation en vue de sa première course de trois semaines. Attendu comme allié de Froome, Bernal a clairement les qualités pour également terminer dans le Top 15 de ce Tour de France et rafler le maillot blanc de meilleur jeune, vu la concurrence annoncée parmi les moins de 25 ans. Attention toutefois à ne pas se louper sur le contre-la-montre par équipes de Cholet, exercice complexe…

David Gaudu (Groupama-FDJ)

En l’absence de Thibaut Pinot, l’équipe Groupama-FDJ ne compte pas forcément jouer le classement général cette saison. Mais la formation de Marc Madiot a tout de même un sacré grimpeur dans ses troupes qui pourrait surprendre sur les routes cet été : David Gaudu. À seulement 21 ans, le jeune coureur breton a encore beaucoup à apprendre mais il a déjà prouvé son sérieux sur les courses par étapes d’une semaine, et peut clairement jouer dans la cour des grands sur l’une ou l’autre étape, notamment à Mûr-de-Bretagne, où la montée finale est taillée pour ses qualités de puncheur-grimpeur. Peut-il toutefois tenir trois semaines de course pour remporter le maillot blanc de meilleur jeune ? Il lui faudra en tout cas faire preuve de caractère car l’équipe qui l’entoure n’est pas forcément des plus adaptées pour la haute montagne, avec juste Arthur Vichot et Rudy Molard pour l’accompagner en altitude. Il s’agira aussi d’enchaîner les kilomètres pour apprendre. Car Gaudu aura encore trois ans ensuite pour viser ce maillot blanc, si jamais cette année n’est pas la bonne.

Ce que dit le règlement :
Le maillot blanc est décerné au coureur né après le 1er janvier 1993 le mieux classé au classement général individuel au temps. Des bonifications et des pénalités peuvent toutefois être délivrées au fil des étapes.

Photos : ASO/Alex Broadway – ASO/Getty Images/AMGEN Tour of California

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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