Les cyclo-crossmen reprennent déjà du service : Van Aert et Van der Poel attendus pour un nouveau duel cet hiver

La saison de cyclo-cross n’est pas encore dans les esprits des supporters, mais en coulisses, on prépare déjà les labourés ! De nombreux spécialistes ont déjà repris la compétition sur la route comme Mathieu van der Poel (Corendon-Circus), Wout Van Aert (Vérandas Willems-Crelan) ou même Lars van der Haar (Telenet Fidea Lions) et entament un été studieux pour être au top d’ici les premières épreuves dans les sous-bois. Et en filigranes, certains s’interrogent également sur l’avenir des deux stars de la discipline, aux ambitions marquées.

Ce dimanche, à Bruges, c’était l’effervescence sur la ligne de départ de l’Elfstedenronde, semi-classique inventée l’an dernier et qui sert de transition idéale pour les coureurs qui n’ont pas le Tour de France en tête. La course, plate avec quelques secteurs pavés, dévoilait en effet une liste de départ digne des meilleures épreuves de l’hiver : Wout Van Aert y faisait sa rentrée, trois mois après ses belles performances sur les classiques flandriennes, et retrouvait notamment Mathieu van der Poel, son rival des labourés qui enchaîne depuis deux mois les courses en VTT et sur la route. Et c’était sans compter sur les Tom Meeusen, Marcel Meisen, Gianni Vermeersch, David van der Poel (Corendon-Circus), Eli Iserbyt, Michael Vanthourenhout (Marlux-Bingoal), Michael Boros ou encore Laurens Sweeck (Pauwels Sauzen-Vastgoedservice) qu’on entend plus souvent sur la terre que sur le bitume. L’hiver ne serait donc pas loin ?

Hermans et Iserbyt déjà au top

Le mois de juin est la période idéale pour les spécialistes de cyclo-cross désireux de se refaire la cerise en vue de la prochaine saison. À l’aube de l’été, ils enchaînent les kilomètres sur les courses et kermesses professionnelles, afin de s’assurer une bonne préparation de fond. Avant de préparer spécifiquement la pointe de vitesse, les accélérations et la technique durant les mois d’août et de septembre. Au lieu de s’ennuyer dans de longues sorties en stage, sous le soleil espagnol, les cyclo-crossmen préfèrent fourbir leurs armes au sein des pelotons, et pourquoi pas décrocher l’une ou l’autre victoire pour booster la confiance en vue de la prochaine saison. Mathieu van der Poel, par exemple, a déjà remporté une étape et le classement général des Boucles de la Mayenne ainsi que le Tour du Limbourg, après un sprint mémorable face à Nacer Bouhanni. Eli Iserbyt a terminé 10e de la Flèche du Sud avant de terminer troisième et meilleur jeune des Boucles de la Mayenne. Lars van der Haar a lui porté pendant une journée le maillot de leader sur l’Oberösterreichrundfarth, après trois podiums, alors que son équipier Quinten Hermans a remporté la dernière étape en solo.

Van Aert vise l’Euro… sur route

Wout Van Aert se montre, lui, encore plus ambitieux. S’il a repris la compétition à Bruges, c’est pour préparer le championnat de Belgique, disputé sur les pavés et dans les vallons de Binche. S’il s’alignera ensuite sur le Tour d’Autriche, c’est pour tenter de convaincre le sélectionneur de l’équipe sur route Kevin De Weert de lui attribuer une place en vue des championnats d’Europe sur route, à Glasgow, sur un tracé exigeant qu’il apprécie à première vue. « J’ai prouvé qu’il était possible de combiner la route et le cyclo-cross. Je vais maintenant commencer la saison de cyclo-cross avec plus de réserves », estime-t-il dans un entretien avec le quotidien Het Nieuwsblad. Après l’Euro, le champion du monde de cyclo-cross s’accordera en effet une pause afin de reprendre la compétition sur les labourés en bonne forme, sans trop tirer sur la corde. À 23 ans, Van Aert a déjà une sacrée ambition et confirme qu’il peut désormais jouer dans la cour des grands dans deux disciplines.

Alors, que dire de Mathieu van der Poel qui semble briller sur trois tableaux ! Certes, le Néerlandais ne s’est pas frotté aux classiques les plus réputées du calendrier, au contraire de son rival belge, mais il enchaîne les succès dès qu’il se lance sur des courses sur route. Et en VTT, il enquille les podiums et se forge une place d’outsider en vue de la course la plus attendue, celle des prochains Jeux olympiques de Tokyo, en 2020. Le champion d’Europe de cyclo-cross va donc continuer à se produire tant sur la route qu’en tout-terrain jusqu’à l’hiver prochain, avec l’objectif, cette fois, de se décorer du maillot arc-en-ciel, seule tunique qui lui manque encore dans cette discipline si particulière qu’il a dominé quasiment sans partage la saison dernière.

Van Aert au niveau WorldTour ?

Il est en tout cas déjà acquis que Mathieu van der Poel et Wout Van Aert se retrouveront une nouvelle fois en duel cet hiver. Les deux stars des labourés ont tous deux confirmé qu’ils mèneront une saison complète en cyclo-cross en 2018-2019. Sera-ce toutefois la dernière pour l’un ou pour l’autre ? Wout Van Aert, en tout cas, envisage déjà son avenir à plus grande échelle, et ne pense pas forcément lier trop longtemps son destin à l’équipe Vérandas Willems-Crelan. « Sur la route, je souhaite faire partie d’une équipe digne du WorldTour. Mes équipiers font de leur mieux, mais nous avons un budget limité », estime le coureur de 23 ans, qui explique qu’un nouveau sponsor lui a été promis par le manager de l’équipe Nick Nuyens. Mais il attend toujours. « J’ai encore un contrat d’un an, nous verrons ce que l’avenir peut nous offrir. Je vais encore donner du temps à Nick Nuyens mais pas trop. Plus tôt je saurai où j’irai, mieux ce sera », confie-t-il dans un entretien au quotidien Het Laatste Nieuws. Van Aert confirme ainsi que d’autres équipes le convoitent et la non-signature d’un contrat revalorisé à un million d’euros par an confirme que Van Aert n’est pas certain de rester en 2019 chez Vérandas Willems-Crelan. Et surtout, pourra-t-il toujours enchaîner les cyclo-cross comme il le fait actuellement, au sein d’une équipe du WorldTour ?

En attendant, du côté de Bruges, Wout Van Aert a montré qu’il en avait encore sous la pédale. Le champion du monde de cyclo-cross a tenté une offensive sur le dernier secteur pavé de l’épreuve, à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée, mais il a dû abandonner son essai en raison d’une crevaison. Mathieu van der Poel, pour sa part, a surtout tenté sa chance sur le long cours en passant une journée dans l’échappée. Qu’importe : les deux stars des labourés seront bien au rendez-vous dès septembre prochain, sur les deux premières manches de la Coupe du monde de cyclo-cross aux États-Unis.

Photos : Vérandas Willems-Crelan & Corendon-Circus

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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