Enchaîner Paris-Roubaix et la Flèche Brabançonne : mode d’emploi

Prendre le départ de Paris-Roubaix, s’enchaîner plus de 250 bornes dont un cinquième sur des pavés cassants et enchaîner trois jours plus tard avec les collines de la Flèche Brabançonne, cela demande un sacré tempérament. Six coureurs ont pourtant décidé de s’aligner sur les deux courses. Nous avons demandé à trois d’entre eux comment ils ont appréhendé cet enchaînement.

Ces six coureurs ne sont évidemment pas les seuls à mériter les honneurs vu que sept autres ont été encore plus impatients et ont pris le départ de mardi de Paris-Camembert, une course également ardue vu les côtes à franchir, le passage de terre à affronter dans le final et les conditions climatiques détestables qui ont accompagné les coureurs. Malgré tout, Geoffrey Soupe, Hugo Hofstetter (Cofidis), Alexandre Pichot (Direct Énergie), Adrien Garel (Vital Concept), Julien Duval, Tony Gallopin (Ag2r-La Mondiale) et Evaldas Siskevicius (Delko Marseille Provence KTM) ont pris le départ de Paris-Camembert pour une nouvelle journée dans la galère.

Sur la Flèche Brabançonne, la pluie se veut moins intense mais la motivation n’en était pas moins grande pour Edvald Boasson Hagen (Dimension Data), Tanguy Turgis (Vital Concept), Brice Feillu (Fortuneo-Samsic), Borut Bozic (Bahrain-Merida) et le régional du jour, le Brabançon Ludovic Robeet (WB Aqua Protect Veranclassic). Ce dernier avait d’ailleurs quelques fourmis dans les pattes après son échappée de près de 170 kilomètres sur les pavés de Paris-Roubaix, un terrain qui n’est pourtant pas son fort. « J’ai encore des ampoules et les jambes font encore un peu mal mais je ne voulais pas rater la Flèche Brabançonne, c’est ma course de cœur », explique celui dont le papa, Patrick Robeet, ancien professionnel, tient un magasin de vélo à Tervuren, comme le rappelle La Capitale. « J’ai été assez calme ces deux derniers jours, j’ai surtout fait des petites sorties pour éviter que les jambes soient trop raides à l’approche de cette course. Je me sens quand même bien malgré les efforts consentis dimanche ». Malheureusement, le local a abandonné après avoir été lâché par le peloton à près de 70 kilomètres de l’arrivée, complètement asphyxié par les accélérations de Lotto-Soudal.

« Décontracter un peu la patte »

Brice Feillu, pour sa part, a également tenté une approche plus sportive de ces jours de congé, entre Roubaix et Louvain. « Deux jours, ça passe vite. Je suis allé rouler 1h30 lundi avec massage, puis la même journée mardi. Je n’ai pas fait de journée sans vélo, et cela fait du bien pour décontracter un peu la patte », confie-t-il. « Il y a toujours un peu de courbatures vu les pavés de Paris-Roubaix, je n’aurais jamais récupéré à 100% mais je pense que je peux être mieux, deux-trois jours après Paris-Roubaix qu’une semaine après ». C’est notamment pour cela que Brice Feillu n’est pas rentré chez lui, à la Côte d’Azur, mais a préféré rester avec l’équipe en Belgique. « À la maison, tu te poses peut-être plus de question, alors qu’en compétition, on se remet vite dans le bain. Quelque part, Paris-Roubaix est une longue course exigeante, tout comme la Flèche Brabançonne, cela ne peut donc être que bénéfique pour la suite de la saison ». Lâché à 30 bornes de l’arrivée, Feillu a finalement terminé 81e à un peu plus de six minutes de Tim Wellens.

Edvald Boasson Hagen, enfin, est dans un cas particulier. 34e de Paris-Roubaix dimanche après beaucoup de pépins techniques, il s’habille encore d’un costume d’outsider sur la Flèche Brabançonne. « Je sais que ce n’est pas un enchaînement facile mais il faut savoir s’adapter. Je sais que je peux briller sur beaucoup de terrains donc je veux me montrer tant que je peux », nous confie-t-il. Depuis Milan-Sanremo, le Norvégien n’a d’ailleurs pas manqué une classique ou demi-classique du Nord, abandonnant seulement sur le G.P. de l’Escaut. « J’ai besoin de la compétition, cela me donne confiance et du fond pour la suite de la saison. Les classiques sont un objectif très important, je préfère enchaîner. » C’est pourtant la première fois qu’il s’essaye à la Flèche Brabançonne après Roubaix : « J’ai envie de voir aussi quel peut être mon niveau après un tel printemps ». Son niveau, c’est une quinzième place, à seulement quinze secondes du vainqueur belge du jour. Il prend désormais une pause avant d’envisager la suite de son programme, en Norvège, en mai.

Photo : Fortuneo-Samsic/Thomas Maheux


Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 27 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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