Michael Goolaerts, frappé par la cruauté de sa passion

Michael, Antoine, Daan, Wouter,… Vous avez payé le prix fort pour un métier, une passion. Le vélo devait être un exutoire. Il devait vous permettre de vivre. Il a finalement brisé des espoirs, des rêves, une vie. Plusieurs vies. Et pour quoi ? Pour le sport, pour le spectacle, pour l’amour d’une envie. Comment donc briser cette suite mortelle ?

Il y a 25 mois, dans le froid de Wevelgem, la voiture principale des commissaires ne pouvait encore que donner des bribes d’informations. Le numéro 192 à terre. Un coureur de l’équipe Wanty-Groupe Gobert. Un jeune coureur, même. Un Nandrinois. Antoine Demoitié, 25 ans, était frappé par une moto de l’organisation de plein fouet. L’effroi. Et l’attente. Aucune information ne filtrait sur l’état de santé d’Antoine Demoitié durant les heures suivantes. La victoire de Peter Sagan passait au second plan pour les coureurs de la Wanty, bon nombre d’observateurs du peloton pro. Moi-même, je ne pouvais gâcher mon appréhension. Antoine était un coureur que je suivais plus particulièrement vu notre présence dans la même école secondaire, à une année d’écart, au pied du Mur de Huy. Antoine rêvait déjà de devenir coureur pro dans son adolescence. Son ascension au sein de l’équipe Wallonie-Bruxelles et ses qualités de routier-sprinter devaient lui offrir une belle carrière en deuxième division. Une chute a éteint cet objectif : le coureur wallon est décédé à l’hôpital des suites de sa chute.

Ce dimanche, au vélodrome de Roubaix, les souvenirs resurgissent. L’image est rapide mais claire : Michael Goolaerts (Vérandas Willems-Crelan) semble inconscient, les bras en croix, le vélo toujours accroché à ses chaussures malgré la violence supposée du choc. À 155 kilomètres de l’arrivée, dans le secteur pavé de Viesly, le coureur campinois de 23 ans a fait un arrêt cardiaque. Le service médical, présent aussi rapidement qu’il a pu vu le démantèlement du peloton au fil des secteurs pavés, le ranime avant de céder le relais à l’équipe chargée de l’emmener par hélicoptère à l’hôpital de Lille. Pronostic vital engagé. Jusqu’à l’annonce de son décès, vers 23h30, via un communiqué de l’équipe Vérandas Willems-Crelan, pour respecter l’intimité de la famille qui espérait simplement féliciter le fiston après son premier Paris-Roubaix, une semaine après avoir montré ses qualités de rouleur dans l’échappée matinale du Tour des Flandres.

Michael Goolaerts, Antoine Demoitié, Wouter Weylandt, Daan Myngheer,… sont décédés à cause de leur passion, de leur amour pour la course. Les plus optimistes expliqueront qu’ils ont été au bout de leur rêve jusqu’à la limite. Les plus pessimistes s’interrogent encore et toujours sur les conditions de course et sur la sécurité dans les pelotons. Encore ce dimanche, que pouvait-on faire de plus pour éviter un tel drame ? Ajouter des motos supplémentaires pour assurer la sécurité et signaler les points dangereux ? Éviter le passage sur de tels pavés à l’avenir ? Obliger le moindre suiveur à s’arrêter pour prendre en charge un coureur blessé ? L’Union Cycliste Internationale (UCI) a déjà engagé bon nombre de mesures pour éviter les accidents. Mais ils sont encore trop nombreux. Le spectacle ne doit pas empêcher la sécurité. Le courage ne doit pas empêcher la prudence. Le panache ne doit pas empêcher la vie.

Le cyclisme est un sport magnifique, intense, prenant. Il est également cruel, jusqu’à en devenir atroce. Michael Goolaerts en a été la dernière victime. Le peloton est orphelin d’un espoir enthousiaste, il reste désormais à espérer qu’il soit le dernier d’une trop longue liste. Pour que le cyclisme reste une fête. Pour que ce sport se montre implacable seulement dans les résultats, et non sur la route.

Photo : Vérandas Willems-Crelan

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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