Gand-Wevelgem : le record de Sagan, les larmes de Viviani, la déception de D’Hoore

Souvent considéré comme un championnat du monde bis des sprinters, Gand-Wevelgem a pris une nouvelle dimension ces dernières années en raison d’un parcours retravaillé et de l’ajout de côtes et chemins de terre qui ont clairement rendu la tâche des hommes rapides plus ardue. En y ajoutant un vent agaçant, la classique flandrienne peut s’avérer encore plus pénible. La preuve, ce dimanche : les bordures étaient nombreuses, les favoris des prochaines classiques printanières attaquaient, et pourtant, au final, les sprinters les plus vaillants menaient. Avec une troisième victoire pour le champion du monde Peter Sagan (Bora-Hansgrohe), discret jusqu’au moment décisif.

Entre les Plugstreets, ces chemins de terre à travers les champs qui servaient voici plus de cent ans de théâtre aux pires combats de la Première Guerre Mondiale, et les « bergs » de Flandre-Occidentale, les participants de Gand-Wevelgem n’ont pas connu le moindre répit durant cette quatre-vingtième édition particulièrement animée. La météo se voulait pourtant bien plus clémente que ces dernières années, avec des rafales de vent un poil moins puissantes qu’à l’accoutumée et un soleil bien plus présent. En ce printemps jusqu’ici froid et pluvieux, les coureurs connaissaient enfin du répit sur les conditions météorologiques. Cela n’empêchait pas les spécialistes des courses flandriennes de se placer aux avant-postes et de faire la course à leur guise, sans attendre les éventuels sprinters désireux d’en finir en emballage massif à Wevelgem.

Les Quick Step lançaient les hostilités dans le Mont Kemmel, les BMC suivaient l’effort dans les Plugstreets, les puncheurs s’occupaient de conclure l’effort dans la deuxième ascension du Mont Kemmel. Une vingtaine d’hommes se retrouvaient ainsi en tête de l’épreuve pour les trente derniers kilomètres, sur de longues chaussées bordées par le vent jusqu’à Wevelgem. Les Quick Step semblaient alors avoir la pression sur les épaules : avec quatre hommes (Philippe Gilbert, Yves Lampaert, Zdenek Stybar et Elia Viviani) dans le groupe de 24 échappés, les hommes en noir et bleu ne pouvaient pas se planter. Il fallait s’imposer, soit en attaquant, soit en sprintant. Et au vu des efforts de Gilbert dans les derniers kilomètres, le sprint massif était l’option envisagée.

Sagan le filou

Il y avait toutefois un hic : ce diable de Peter Sagan. Le champion du monde avait passé le moins de temps possible le nez dans le vent et s’occupait d’aller surprendre ce mini-peloton de sprinters et de puncheurs avec un sprint de 300 mètres ! Invisible dans le Mont Kemmel et les Plugstreets, le Slovaque avait profité du bon travail de son garde du corps Marcus Burghardt avant de refuser d’éventuels relais dans la longue ligne droite menant à Wevelgem. C’était le bon plan, face aux bourrasques.

Parti sur le côté gauche de la route pendant que ses plus rapides adversaires se trouvaient à droite, bloqués par l’offensive malheureuse de Sep Vanmarcke (EF Education First-Drapac), Sagan allait cueillir sa troisième victoire sur Gand-Wevelgem, un record parmi cinq autres triple vainqueurs, et surtout le premier succès au sprint sur cette ligne d’arrivée. « Il n’y avait pas tant de vent que cela, c’est pour cela que nous avons fini avec un petit peloton. C’est le Gand-Wevelgem le plus facile que j’ai pu gagner. Car il n’y avait pas de vent, de météo détestable, etc. Ce n’était pas fou ou stressant comme ces deux, trois dernières années », souriait le champion du monde à l’arrivée, visiblement heureux de répondre par cette victoire, deux jours après une défaillance sur le GP de l’E3 qui posait question quant à sa forme pour le prochain Tour des Flandres, dans une semaine. « Ce genre de sprint, surtout sur Gand-Wevelgem, est toujours une loterie. J’ai essayé de partir de plus loin et cela a réussi », lançait-il encore. « Certains ont été plus malins en évitant de rouler et cela leur a profité dans le final », ajoutait pour sa part Arnaud Démare (Groupama-FDJ), troisième du sprint final.

Derrière Sagan, Elia Viviani tapait de toutes ses forces sur son guidon, terriblement déçu de conclure à la plus mauvaise place, alors qu’il avait clairement la meilleure pointe de vitesse. « C’était une grande chance et surtout un grand objectif, ce qui explique ma déception sur la ligne. Cette classique, c’est un objectif dans ma carrière », confirmait-il après avoir séché ses larmes. « Vanmarcke était un peu dans notre chemin, ce n’était pas sa faute évidemment, mais Sagan avait du coup anticipé le sprint. Il n’y avait pas plus de pression que d’habitude, je suis juste déçu de ne pas avoir pu finir le travail ». Après avoir réussi un chef-d’œuvre collectif sur le GP E3, vendredi, la Quick Step manquait cette fois son objectif de peu à cause d’un Slovaque malin et puissant. Elle devra donc redoubler de vigilance sur le prochain Ronde : la quantité ne fait pas encore la victoire. Sur Gand-Wevelgem, il a ainsi été surprenant de ne pas voir Lampaert et Stybar emmener Viviani dans les derniers hectomètres. L’erreur était là, et Viviani a dû prendre une décision seul. Une décision qui a été payée cash. Sur le Tour des Flandres, le leader annoncé devra cette fois être mieux protégé, au risque que des individualités fassent perdre la partie collective.

Les équipes belges s’affichent

Les équipes belges ont en tout cas connu des sorts divers sur cette course animée. La Lotto-Soudal, déforcée après les forfaits d’André Greipel et de Jens Keukeleire, a tout de même réagi avec les offensives de Frederik Frison puis de Jelle Wallays et de Jens Debusschere, finalement cinquième. L’équipe Wanty-Groupe Gobert a pu compter sur un Guillaume Van Keirsbulck des grands jours, qui a tenté sa chance comme il pouvait et conclut la classique flandrienne à la 22e place. Vérandas Willems-Crelan a, pour sa part, confirmé que Wout Van Aert était l’avenir belge des classiques : après plus de 250 kilomètres de course et quelques attaques manquées, le champion du monde de cyclo-cross a encore trouvé le moyen de terminer dixième. Enfin, WB Veranclassic Aqua Protect a montré le maillot comme il le fallait avec le jeune Jimmy Duquennoy, en tête durant plus de 210 bornes à 22 ans, et Alex Kirsch, à l’offensive dans le final.

D’Hoore à nouveau deuxième

Chez les dames, également, la course a été menée tambour battant dans les côtes et chemins de terre de la région. Ce sont toutefois les bourrasques qui ont eu raison du peloton et mené à la création de groupes disséminés sur la chaussée menant vers Wevelgem. Personne ne parvenait toutefois à se détacher dans les derniers kilomètres et un sprint attendait les survivantes de la classique flandrienne, soit une trentaine de cyclistes. La championne de Belgique Jolien d’Hoore (Mitchelton-Scott) semblait partie vers une première victoire à Wevelgem mais l’Italienne Marta Bastianelli (Alé Cipollini) venait la déborder dans les derniers mètres. « J’ai voulu passer de 12 à 11 dents mais ça ne passait pas », confiait D’Hoore à l’arrivée, à nos confrères de Direct Vélo. « Je voulais encore accélérer, mais je ne pouvais pas », explique la vainqueur des Trois Jours de La Panne-Bruges, qui estimait pouvoir encore briller, quatre jours après son succès sur la Côte. Déjà deuxième l’an dernier sur cette même classique, elle devra se consoler avec le maillot de leader du classement WorldTour féminin.

Résultats de la 80e édition de Gand-Wevelgem (Deinze > Wevelgem, 251.1 km) :

Résultats de la 7e édition de Gand-Wevelgem dames (Ypres > Wevelgem, 142.6 km) :

Photo : Bora-Hansgrohe/Bettiniphoto

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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