Mondial de cyclo-cross à Valkenburg: les chances d’or des Belges, top ou flop?

Ce week-end se disputent les championnats du Monde de cyclo-cross, à Valkenburg, aux Pays-Bas. Si cette ville est très connue des cyclistes, tant sur route que dans les labourés, avec son fameux Cauberg, personne ne connaissait avant ces deux dernières semaines, le tracé du Mondial dessiné par Adrie van der Poel, le papa du favori numéro un chez les élites. Pour Sven Nys, ce parcours est le plus beau circuit des vingt dernières années. Ce n’est pas peu dire, et les batailles (dans les cinq catégories au programme) vaudront vraiment la peine d’être vécues.

On sait toute l’attente de deux peuples pour voir la confrontation de Mathieu van der Poel et Wout van Aert, au sommet de la catégorie reine, mais au delà de ceci, les autres courses seront, elles-aussi, d’une intensité hors norme, de par l’internationalisation de la discipline, et les forces en présence. Des juniors aux moins de 23 ans, en passant par les dames et demoiselles, les favori(te)s ne seront certainement pas à la fête. Un parcours très exigeant, dans des conditions particulières (pluie verglaçante et neige s’annoncent selon les prévisions météo) où les chutes et glissades auront leur mot à dire, et tout peut basculer en une fraction de seconde. Rester concentré jusqu’au drapeau à damiers devrait être le mot d’ordre, pour pouvoir prétendre à l’irisé.

Petit tour d’horizon des forces et des chances de médaille

Juniors: Vers un match Suisse-Tchéquie-Pays-Bas (samedi 11 h.)

Sans doute la seule catégorie qui ne trouvera pas l’omniprésence des coureurs locaux, sans toutefois en exclure la possibilité de médaille d’or. On sait que pour les juniors, le Suisse Loris Rouiller n’en fait qu’à sa tête, et se présente comme le numéro 1 à Valkenburg. Certes, il faudra aussi compter sur les « pays de l’Est », et plus particulièrement un certain Tomas Kopecky. Ajoutez à cela l’armada néerlandaise, et vous sortez Ryan Kamp pour trouver le podium. En embuscade, la Belgique. Les Bellens, Vandeputte et Meeussen devraient venir déjouer les pronostics. Bouteille à encre, comme tous les championnats de jeunes, qui se donnent sans compter, et cela dès l’envolée. Difficile de trouver une tactique, tout comme c’est le cas sur route, car ici on ne tire pas sur la comète, on pousse le plus vite possible, même si cela doit se terminer dans la boue. À noter que nous suivrons là le plus gros peloton de ces championnats : près de 80 partants.

Dames U23: Et si Richards connaissait un jour sans… (samedi 13 h.)

Pour les jeunes filles, il ne faut pas aller bien loin pour trouver la future porteuse du maillot irisé. En effet, on ne gagne pas sur la Citadelle de Namur, devant les pros, par hasard. Evie Richards, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, s’est encore terriblement bien comportée à Hoogerheide, dimanche dernier, en terminant troisième derrière Sanne Cant et Eva Lechner, mais aussi devant Marianne Vos et Kaitlin Keough, excusez du peu. Donc, la Britannique devrait s’imposer facilement, à moins qu’un jour sans apparaisse sur les pentes du Cauberg. Nous n’y croyons pas tellement, mais cela reste du possible. Dans ce genre de scénario, il faut chercher le podium ailleurs.

La première demoiselle à pouvoir triompher serait la Belge Laura Verdonschot, mais voilà, cette dernière n’est pas au mieux. Elle fut malade et absente de la dernière manche de la Coupe du Monde, et ne croit pas en ses chances à Valkenburg. À ses côtés, on pourrait trouver la Néerlandaise Ceylin del Carmen Alvarado, qui se défend également chez les pros, et sa compatriote Manon Bekker. Pour palier à la mauvaise forme de Verdonschot, Axelle Bellaert (qui fut également malade avant le National de Coxyde) devrait revenir en forme au bon moment. Ceci écrit, plusieurs filles de la quarantaine de sélectionnées pourraient créer la surprise, mais ici aussi il faudra ne pas se louper pour espérer voir l’arc-en-ciel.

Dames élites: Sanne Cant contre les « oranges »… et les autres (samedi 15 h.)

Les pros dames devront se méfier de tout le monde, ou presque. Nous avons pointé pas moins de 15 filles pouvant lever les bras à Valkenburg. À toute reine, tout honneur, Sanne Cant devrait, et voudrait, se succéder à elle-même. Une certaine logique, au vu de la saison, même si -à cause de sa santé- elle ne fut pas parfaite, comme chez les messieurs. Toutefois, Sanne le démontrait encore à Hoogerheide. La seule inconnue sera son départ, qui lui fait défaut parfois, et l’oblige à de gros efforts par la suite. Ici à Valkenburg, ce problème ne peut pas se poser, car la pléiade de vedettes, de tous pays, ne lui fera pas de cadeau.

En premier lieu, les coureuses locales, avec les Vos, Brand, Kaptheijns, Worst (qui a choisi de s’aligner en élites) et De Jong. Des noms, du potentiel, de la force et une ligne de conduite à l’image du pays. Ces « oranges » ne laisseront pas le moindre doute sur leurs intentions dès le départ. Mais il n’y aura pas que celles-ci. En effet, victime d’une lourde chute (avec la Suissesse Jolanda Neff, la grande absente des ces championnats) lors de la dernière manche de la Coupe du monde, la Française Pauline Ferrand-Prévot est aux Pays-Bas pour la gagne. Un retour en milieu de saison, un maillot tricolore et des idées de revenir dans l’hexagone avec l’irisé. Rien d’autre pour PFP, et nous -tout comme la championne sortante, Sanne Cant- croyons qu’elle en est très capable.

Il reste également les anglophones, Wyman et Brammeier pour la Grande-Bretagne, Compton, Keough, Noble et Anderson, pour les États-Unis. Et puis les Leichner et Arzuffi (Italie), Nash (République tchèque) et Majerus (Luxembourg), cela fait énormément de monde pour un seul tricot.

U23 hommes: Pidcock-Iserbyt arbitré par Nieuwenhuis? (dimanche 11 h.)

L’antichambre de l’élite hommes, et un nom revient -depuis ses débuts en cyclo-cross- sur les tablettes, le Britannique Thomas Pidcock. Homme de tous les terrains, même s’il ne gagne pas à tous les coups, et qui allie la route aux labourés, sans se planter. Première année U23, et une aisance sans pareille. Tout comme dans les autres catégories, ce n’est pas parce qu’on est favori numéro 1, que l’on gagne sans effort. Mais dans le cas présent, on voit mal de qui viendra l’opposition. Certes, le Belge Eli Iserbyt se place en homme fort, mais son stress lui cause pas mal de problèmes dans les grands rendez-vous. Il sera certainement dans le coup, mais assez pour aller chercher le paletot? Peut-être, mais pas sûr. Il pourra toujours compter sur l’apport de la formation noir-jaune-rouge, et des garçons comme Thijs Aerts, Yannick Peeters ou Toon Vandebosch. Par contre, il devra aussi se méfier d’un certain Joris Nieuwenhuis, le néerlandais, assisté de Jens Dekker, et dans une moindre mesure, sans en faire abstraction, des Français Antoine Benoit ou Yan Gras.

Ici aussi, dans les conditions et sur un tracé particulièrement compliqués, une surprise n’est pas à exclure, et voir un Dorigoni Jakob coiffer tout ce beau monde sur le poteau ne serait pas étonnant.

Élites: Wout rêve de scotcher Mathieu dans la boue de Valkenburg (dimanche 15 h.)

On le voit depuis l’ouverture de la saison, Mathieu van der Poel n’a pas d’adversaire, et comment pourrait-il en être autrement ce dimanche ? Bien entendu, on se souviendra de ses ennuis mécaniques de l’an dernier : alors qu’il était à la lutte avec le futur maillot arc-en-ciel au Luxembourg, il devait crever 4-5 fois. On envisage nullement un pareil scénario, dans son pays, sur « son » tracé, avec la condition qu’il possède, et l’emprise qu’il imposa sur cette saison.

Le match belgo-néerlandais ne pourra être évité, c’est une certitude. Wout van Aert, le champion sortant, veut aussi reconduire son titre, avant de passer sur la route, et tenter d’aller chercher les pavés de Roubaix. Mais tout comme Iserbyt, il connaît de petits problèmes lors des grands rendez-vous internationaux, car en Belgique il plane. Pour croire en ses chances, il lui faudra coller au plus près de Mathieu, en évitant un départ catastrophique, se retrouver dans le peloton et devoir produire, dès l’envolée, de gros efforts. On sait que tant l’armada néerlandaise, que la belge, possède des qualités et des crossmen de renom. Si les deux favoris ne peuvent lutter valablement en tête, les « outsiders » viendront les suppléer.

Pour les Pays-Bas, Lars van der Haar et Corné van Kessel -sans oublier le grand frère de Mathieu, David- peuvent se mettre à plat ventre pour filer devant. Côté belge, Laurens Sweeck s’est préparé « à la douce », avec pas trop d’efforts sur les derniers cross (c’est du moins notre opinion…). Toon Aerts, Michael Vanthourenhout, Quinten Hermans, Tim Merlier et même Daan Soete devraient montrer au coach fédéral, Sven Vanthourenhout, et surtout à certains coéquipiers, qu’ils méritent amplement leur sélection.

Pour le reste, on aimerait voir un Steve Chainel bien placé, tout comme les Bertolini, Boros ou encore Meisen, mais pour ces derniers l’âge ne va certainement pas plaider en leur faveur.

De grands championnats avec, on l’espère, de grands noms à ajouter sur les tablettes des championnats du Monde. Premier rendez-vous, ce samedi à 11 h. avec les juniors.

Le programme:

Samedi 3 février:

11h00: Juniors Hommes – Cliquez ici pour découvrir la liste des partants

13h00: U23 Dames – Cliquez ici pour découvrir la liste des partantes

15h00: Dames élites – Cliquez ici pour découvrir la liste des partantes

Dimanche 4 février:

11h00: U23 Hommes – Cliquez ici pour découvrir la liste des partantes

15h00: Hommes élites – Cliquez ici pour découvrir la liste des partantes

Le parcours:

CC-UCI-WC-VALKENBURG2018_parcours

https://twitter.com/UCI_CX/status/959384778322731010


Robert Genicot

Correspondant de presse depuis 1978. Administrateur de l'APFJS (Association Professionnelle Francophone des Journalistes Sportifs), aile francophone de Sportspress. Fondateur et rédacteur en chef du site Cycling-Review.eu en 2005 devenu CyclismeRevue en 2008.

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